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Gaspard Kœnig : « Les économistes agissent comme s’ils pratiquaient une science exacte »

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27.05.2026

L’économie contemporaine aurait perdu son âme en rompant avec la philosophie, estime l’auteur de plusieurs essais sur le libéralisme dont le dernier est Agrophilosophie. Réconcilier nature et liberté (Éditions de l’Observatoire, 2024). Là où Aristote, Adam Smith ou Friedrich Hayek pensaient l’économie comme une science morale, les économistes d’aujourd’hui, selon lui, se comportent souvent en techniciens déconnectés de toute réflexion éthique.

Cette rupture, qu’il fait remonter à Milton Friedman, explique à ses yeux les dérives d’une discipline qui se prétend science exacte alors qu’elle repose sur des choix philosophiques contestables. Plaidoyer pour une réconciliation urgente entre ces deux disciplines sœurs.

Le Point : Est-ce contradictoire d’être à la fois philosophe et économiste ?

Gaspard Kœnig : Non, jusqu’au milieu du XXe siècle, c’étaient même les philosophes qui définissaient l’économie ! Ensuite, les deux disciplines ont plus ou moins cessé de dialoguer… Le premier économiste, c’est sans doute Aristote. Dans La Politique, il définit l’oikonomia (d’où vient d’ailleurs le mot « économie »), qui désigne le soin du ménage, le fait de tenir ses affaires en équilibre, la nécessité de mesurer les flux entrants et sortants pour s’assurer qu’on peut vivre durablement. C’est une définition de l’économie comme science de la stabilité.

Il la distingue de la chrématistique, qui est déjà la finance, l’argent pour l’argent, la spéculation. Ce qui dérange profondément Aristote, et la pensée grecque en général, c’est que la chrématistique n’ait pas de limites. C’est une activité sans fin (dans le temps) et sans finalité (dans l’essence), dont le seul but est d’accumuler toujours plus.

Quels sont pour vous les plus grands philosophes qui ont influencé l’économie ?

Il y a bien sûr Adam Smith, qui est d’abord un moraliste. Il écrit La Théorie des sentiments moraux en 1759. Ce texte qu’on ne lit plus vraiment aujourd’hui reste assez aride, mais pétri d’une........

© Le Point