Fallait-il vraiment éteindre la lumière dans nos campagnes ?
En 1969, j’avais 6 ans. Dans le Midi, les papillons de nuit dansaient sous le cocon des lampadaires et les voisins, fenêtre ouverte, regardaient Intervilles à la télévision. L’écran était en noir et blanc et nous ramassions des hannetons à corne dans des petites boîtes à bonbons, tandis que les adultes levaient les yeux au ciel pour essayer de distinguer celui qui venait de poser un pied sur la surface d’un astre blond au regard éternellement désolé.
Un peu plus loin, à l’angle de la rue, les vieux sortaient leurs chaises, rassurants, comme s’ils allaient rester. Celles et ceux qui se réunissaient à la nuit tombée pour « prendre le frais » devant leurs portes ont disparu pour la plupart. Elles s’appelaient Marguerite, Dorothée, Charlotte, Cilette ou Marie. Ils s’appelaient Jean, Marcel, Émile ou François. Elles portaient des habits de deuil ou des tabliers à pois, avec, souvent, une pèlerine jetée sur les épaules ou un gilet posé sur les genoux. Ils chaussaient des pataugas déformés par les cors. Et la terre de nos jardins, comme une poussière de cendre jaune, recouvrait un peu leurs espadrilles délavées.
Je me souviens assez facilement de leurs visages, avec leurs masques de « comédiens » qu’ils ne retiraient jamais. Je me souviens de leur peau boucanée et durcie creusée de rides profondes, de ces regards tantôt malicieux, tantôt déjà tournés vers d’inavouables certitudes.
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Le village était encore niché au milieu des vignes et des........
