L’encyclique du pape pour ceux qui n’auront pas le temps de la lire
Si vous n’avez pas le temps de lire la première encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV (disponible, notamment, aux Éditions du Cerf), dommage : c’est un texte majeur, et sans doute la première grande analyse de la révolution technologique et des multiples enjeux qu’elle porte, dans tous les domaines.
Heureusement, on vous a préparé un petit résumé avec les points saillants du texte (et garanti sans recours à l’IA !).
Un document dense et charpenté
Plus d’une centaine de pages, 245 entrées, cinq chapitres, une introduction et une conclusion… Magnifica humanitas est un document charpenté, dense, fruit d’une longue maturation. Comme tout document pontifical, il est signé par le pape, mais il est l’œuvre d’une intelligence collective (et humaine).
Léon XIV s’intéresse à ces sujets depuis toujours. Il est né aux États-Unis, dans la banlieue de Chicago, en 1955 (c’est le premier pape qui a vu le jour dans le monde de l’après Seconde Guerre mondiale), au cœur du grand boom technologique. Il a fait des études de mathématiques (entre autres : il est aussi théologien, juriste canoniste et il a longtemps été missionnaire au Pérou).
Depuis son élection, des conférences et rencontres avec des experts du numérique se multiplient au Vatican. Il n’a d’ailleurs échappé à personne que lors de la présentation du document, le pape avait à ses côtés un ponte de la Silicon Valley, le cofondateur d’Anthropic – la société qui a créé le chatbot Claude – Christopher Olah. Le terrain a été préparé par le pape François qui, le 14 juin 2024, s’adressant au sommet des dirigeants du G7, qualifiait l’IA de « fascinante et terrifiante », déclarant que l’humanité irait vers sa perte si les « choix des machines » remplaçaient les décisions des individus concernant leur vie, affirmant que l’IA est « avant tout un outil », mais à prendre avec précaution, dans une époque marquée par la « disparition ou du moins une éclipse du sens de l’humain ».
Un texte inscrit dans le temps long
Cette encyclique n’est pas tombée du ciel, si l’on peut dire… Léon XIV s’inscrit dans une longue tradition. Il s’agit de marquer les esprits, à un moment clé de l’histoire de l’humanité. Comme Léon XIII l’avait fait au XIXe siècle avec son encyclique Rerum novarum (1891) sur la condition ouvrière lors de la révolution industrielle. Un document qui a formalisé, gravé dans le marbre pourrait-on dire, la doctrine sociale de l’Église. Mais celle-ci est le fruit d’une pensée qui s’étire sur plusieurs siècles.
Comme le souligne Léon XIV dans Magnifica humanitas : « Ce que nous appelons aujourd’hui la “Doctrine sociale de l’Église” n’est pas apparue soudainement à l’époque contemporaine, mais rassemble et organise une longue tradition de réflexion ecclésiale sur la vie sociale puisant ses sources dans l’Écriture Sainte, les Pères de l’Église, les élaborations théologiques et juridiques du Moyen Âge et de l’époque moderne. »
Le pape rattache son encyclique à l’œuvre de tous ses prédécesseurs – en particulier Paul VI, qu’il cite souvent – dont les apports successifs ont construit cette doctrine. Cet héritage occupe les deux premiers chapitres.
L’appel à un sursaut des consciences pour « désarmer l’IA »
« Que sommes-nous en train de construire ? » C’est la question centrale. Parce que, insiste le pape, « le développement technologique modifie........
