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Guerre en Iran: gagner... et perdre quand même

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03.04.2026

Cette guerre en Iran, les États-Unis vont la gagner – du moins si l’on s’en tient à l’ampleur des destructions causées par leur imposant arsenal militaire. Pourtant, au rythme où vont les choses, le monde occidental tout entier se dirige vers une défaite foudroyante.

Dans un tel conflit, d’ici à ce que ceux qui l’ont lancé – dans ce cas-ci, Israël et les États-Unis – finissent par indiquer ce qui constituera une victoire, nous devons nous en remettre aux cibles ennemies anéanties.

Le Pentagone, avec cette bravade caricaturale du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, s’enorgueillit continuellement de massacrer tout ce qu’il croise. Plus de 12 300 cibles atteintes au 1er avril : des postes de commandement, des systèmes de défense aérienne, des usines de fabrication de drones et des sites de missiles balistiques.

Ce n’est pas tout. Jeudi soir, dans un message publié sur son réseau social, Donald Trump avertissait que les forces armées américaines n’avaient « même pas encore commencé à détruire ce qui reste en Iran. Prochaine étape : les ponts, puis les centrales électriques »!

Derrière le rideau des bombes

L’Iran aura beau avoir été transformé en champ de ruines, le pouvoir reste entre les mains des mollahs. Les Gardiens de la révolution continuent, eux, de contrôler d’une main de fer l’appareil sécuritaire et de répression.

Plus significative encore, l’offensive israélo-américaine a provoqué une réaction nationaliste, avec une campagne de recrutement appelant à sacrifier sa vie pour le pays. Cette campagne, en quelques heures seulement après son lancement le week-end dernier, a récolté 1,8 million d’inscriptions.

Le régime, certes, a été affaibli, mais demeure bien en place, et plus radicalisé encore. Aucun doute qu’après le pilonnage des cinq dernières semaines, le pouvoir à Téhéran misera sur un développement encore plus rapide et intensif de ses capacités militaires.

Si, comme il le télégraphie depuis plusieurs jours, le président Trump met fin à l’engagement américain sans avoir obtenu la réouverture du détroit d’Ormuz, il consacrera l’atout des Iraniens pour influencer le prix du pétrole, les marchés financiers et ultimement l’économie mondiale.

Dans un tel scénario, mais aussi par la manière dont cette guerre a été déclenchée – sans consultation régionale –, les pétromonarchies du golfe Persique pourront légitimement conclure que les États-Unis ne constituent plus le partenaire fiable sur lequel ils comptaient en matière de défense.

Donald Trump exploite le refus des Européens – non consultés, eux non plus – de s’engager dans l’erreur stratégique que cette guerre est devenue afin de sérieusement remettre en question l’avenir de l’OTAN.

Je parie que les Russes n’en reviennent pas de la faveur que leur fait le président américain en escamotant ainsi leur contrepoids militaire sur le Vieux Continent. Sans compter les milliards de dollars provenant de l’explosion du prix du pétrole qui s’empilent dans les coffres du Kremlin.

Les Chinois doivent également percevoir cette guerre malavisée comme un cadeau inespéré. Les États-Unis vont épuiser leur arsenal militaire et dilapider les bons sentiments à leur égard au Moyen-Orient. Et c’est d’abord à Pékin que la paix à venir offrira des occasions à saisir.

Quand vos alliés commencent à se méfier de vous et que vos ennemis célèbrent, c’est que vous êtes en train de perdre, même en pensant gagner. La Maison-Blanche aura beau énumérer triomphalement tout ce qui aura été démoli, elle risque surtout de constater son isolement. Et il n’y aura là rien de glorieux.


© Le Journal de Québec