Quand un scandale informatique en cache d’autres
Je déplorais l’autre jour le double standard quand vient le temps de porter un jugement sur les gestes du gouvernement fédéral et sur ceux du gouvernement du Québec.
On pardonne peu à Québec, beaucoup à Ottawa, et on exige même souvent du gouvernement du Québec qu’il répare les dégâts d’Ottawa.
Je vous donnais l’exemple des compressions fédérales dans ses programmes d’aide aux sans-abri.
Un lecteur que je remercie attire mon attention sur cette même différence d’appréciation entre Québec et Ottawa, mais pour les scandales informatiques.
Le virage numérique de la SAAQ aura coûté au bas mot 1,1 milliard $ et dépassé les coûts estimés initialement d’environ 500 millions $.
Éric Caire y a laissé son poste de ministre.
Geneviève Guilbault y a laissé la moitié de sa crédibilité. Le troisième lien s’est chargé de l’autre moitié.
Au moins, cet authentique scandale a débouché sur une commission d’enquête en bonne et due forme qui a permis d’identifier les responsables.
Pendant ce temps, les projets informatiques fédéraux réussissent à faire pire.
Mais l’indignation n’est guère au rendez-vous, ou si peu.
Le projet Curam est supposé gérer, d’ici 2031, le versement par Ottawa des pensions de vieillesse et des prestations d’assurance-emploi.
Nous en sommes à 6,6 milliards $, quatre fois l’estimation initiale, et on n’a aucune idée de la facture finale.
Dix ans après son implantation, le système Phénix de gestion de la paie des fonctionnaires fédéraux continue à pourrir la vie de nombreuses personnes.
Coût jusqu’ici : 4,3 milliards $. Coût estimé initialement : 309 millions $. Un dépassement de 1034 %.
La première version de l’application ArriveCAN, pour donner son statut vaccinal quand on entre au pays, devait coûter 80 000 $, mais aura fini par coûter aux contribuables autour de 59,5 millions $ selon la Vérificatrice générale.
Devant ces catastrophes absolues, devant ces scandales hallucinants, la grogne populaire n’atteint pas le niveau de la colère.
Ottawa met le couvercle sur la marmite et s’en sort sans trop de dégâts.
Le gouvernement fédéral a-t-il mis sur pied des commissions d’enquête publiques pour faire toute la lumière ?
Le très discret Comité permanent des comptes publics a demandé des documents et entendu les ministres.
Avez-vous suivi cela à la télévision ? En avez-vous jasé entre amis ? Moi non plus.
Imaginez le degré d’indignation si ces affaires étaient survenues au gouvernement du Québec.
On se battrait dans les autobus.
On voudrait envoyer en prison les responsables.
Quand Ottawa lance des commissions d’enquête d’envergure, ce n’est jamais sur ses propres dérapages.
C’est toujours sur des sujets certes légitimes, mais qui lui permettent surtout de montrer sa compassion : pandémie, tueries de masse, femmes autochtones, etc.
Ce double standard est partout.
Quand les provinces canadiennes mirent sur pied leurs programmes d’assurance maladie, Ottawa s’était engagé à payer 50 % des coûts.
Ottawa paie aujourd’hui 22 %.
Mais qui blâme-t-on exclusivement pour les problèmes en santé ? Québec.
Trop de Québécois pardonnent tout ou presque à Ottawa.
