Les Oscars, une leçon pour notre cinéma
L’année 2025 fut excellente pour le cinéma en général, mais ce fut une année de misère pour le cinéma québécois.
Dimanche soir, je me suis farci la longue cérémonie des Oscars en me disant que j’y trouverais peut-être la raison pour laquelle le cinéma québécois vient de connaître sa pire année aux guichets. Avec seulement 209 000 spectateurs, Menteuse, la comédie d’Émile Gaudreault, est la championne du box-office 2025 ! Pas de quoi pavoiser...
J’ai vu presque tous les films en nomination aux Oscars, sauf F1 et Marty Supreme pour lesquels je n’avais aucun intérêt. J’ai évité volontairement Frankenstein par « respect » pour le souvenir vivace que je garde encore pour les trois films dans lesquels Boris Karloff incarnait le monstre.
Des 10 films en nomination, ce sont les deux les plus extravagants et les plus déroutants qui ont raflé les trophées majeurs : six pour One Battle After Another et quatre pour Sinners. Le film de Ryan Coogler qui se déroule dans le Mississipi des années 1930 emprunte aux tensions raciales de l’époque qu’il rapproche de celles d’aujourd’hui. Le film puise peut-être trop abondamment dans la mythologie des vampires, mais il charme aussi par sa musique et ses chansons. C’est un film qu’aurait signé André Forcier les yeux fermés.
Notre cinéma manque d’éclat
Au film de Coogler, je préfère de peu celui de Paul Thomas Anderson, Une bataille après l’autre. Une œuvre un peu brouillonne qui aborde par la bande (comme Sinners) les tensions raciales qui polluent les États-Unis. Le scénario déjanté, truffé d’invraisemblances, dénonce les dérives d’un pouvoir autoritaire. On pense à ICE et à ses brutes débiles.
Pendant toute la soirée animée trop sagement par Conan O’Brien, je n’ai cessé de m’interroger sur la fadeur du cinéma québécois actuel. C’est vrai que nos cinéastes sont loin d’avoir accès à des budgets de plus de 100 millions comme Sinners ou One Battle After Another, mais l’extravagance, la folie, l’absurde et le délire créateur ont-ils besoin d’autant de millions ?
Gilles Carle, Jean-Claude Lauzon, Jean-Marc Vallée, Xavier Dolan, Denys Arcand, Sophie Deraspe, Denis Villeneuve et d’autres l’ont démontré. Mais pour produire des œuvres aussi saisissantes que les deux films américains, nos cinéastes ont besoin de plus de temps et d’argent que n’en allouent Téléfilm, la SODEC et les crédits d’impôt. Ils ont aussi besoin de moins de directives et de plus de liberté !
L’ONF, paradis de la création
L’Oscar que rapportent de la somptueuse soirée hollywoodienne les deux animateurs Montréalais Maciek Szczerbowski et Chris Lavis pour leur court métrage La jeune fille qui pleurait des perles, ne fait-il pas la preuve de ce que j’avance ? À l’Office national du film où on ne compte ni le temps ni l’argent, les privilégiés de l’agence culturelle fédérale ont remporté jusqu’ici 12 Oscars et 79 nominations.
