Et si l’IA pouvait changer ça?
À Montréal, les automobilistes ont perdu en moyenne 63 heures dans les embouteillages en 2025. Et avec les chantiers qui se multiplient et l’arrivée du printemps, tout indique que la situation va empirer.
On parle souvent de congestion comme d’une fatalité. C’est plutôt un problème de gestion, et les solutions existent. Il suffit de les utiliser.
Nos villes n’ont jamais disposé d’autant d’information sur leur réseau routier. Caméras, capteurs, données GPS, applications de navigation : le volume de données disponibles ne cesse d’augmenter. Pourtant, dans bien des cas, les décisions continuent de se prendre comme il y a vingt ans, à coups de fichiers partagés et de suivis à la pièce.
Le diagnostic est connu. La vérificatrice générale de Montréal a déjà pointé du doigt le manque de coordination entre les arrondissements comme une source du problème. Pendant ce temps, la Ville prévoit d’investir 6,6 milliards de dollars dans son réseau routier d’ici 2034. L’argent est là. Ce qui manque, c’est la capacité de décider rapidement, ensemble, à partir des bonnes informations.
On continue de réagir au trafic au lieu de le prévoir.
Face à ce constat, le réflexe est souvent de lancer des projets pilotes. On teste des technologies, on accumule des données, puis on passe à autre chose. L’intelligence artificielle n’échappe pas à ce cycle. Pourtant, le problème n’est pas l’absence d’outils. C’est leur intégration.
L’IA devient utile quand elle se retrouve entre les mains de ceux qui gèrent la circulation au quotidien.
Certaines villes l’ont compris. À Coquitlam, en Colombie-Britannique, des systèmes analysent en temps réel les flux pour prévenir les accidents et réduire la congestion. À Toronto, des feux de circulation s’ajustent automatiquement selon l’état du réseau. Ces villes ne subissent plus le trafic. Elles l’anticipent.
Aujourd’hui, l’IA permet de croiser des données dispersées, de poser des questions en langage simple et d’obtenir des réponses en quelques secondes. Elle ne remplace pas le jugement humain. Elle lui redonne du temps.
Trois gestes concrets permettraient au Québec d’avancer rapidement.
D’abord, donner aux villes une lecture commune et en temps réel de leur réseau routier. Tant que l’information circule en silo, les décisions restent lentes et incohérentes.
Ensuite, rendre les indicateurs accessibles instantanément aux gestionnaires. Une décision prise trop tard devient un bouchon évitable.
Enfin, mesurer les gains autrement. Moins de congestion, c’est moins de temps perdu, mais aussi moins d’accidents. L’analyse prédictive permet d’identifier des zones à risque avant qu’un drame ne survienne.
Je travaille avec des villes dans plus de 60 pays. Partout, le même constat s’impose. Ce ne sont pas celles qui manquent de données qui stagnent. Ce sont celles qui tardent à les utiliser autrement.
Le Québec a les moyens de faire mieux. Les données sont déjà là. La technologie aussi. Reste à décider de s’en servir.
63 heures / Montréal / +9 % / pire bilan canadien, INRIX 2025 Global Traffic Scorecard
41,3 % congestion / Québec / 69 h perdues / TomTom Traffic Index 2025 — données GPS anonymisées (3,65 billions km)
+40 % dirigeants publics / IA générative transforme l’industrie, Deloitte — Transportation Trends 2025-26
Californie / Caltrans — pilotes IA gestion trafic, Gov.ca.gov — Newsom / Accenture + Deloitte
Toronto — 135 intersections IA sur Yonge Street, printemps 2026, CP24 — avril 2026
Vérificatrice générale Montréal — manque de coordination, Rapport VGM 2025 — repris via La Presse
Plan décennal 2025-2034 / 6,6 G$, Ville de Montréal — à confirmer dans ville.montreal.qc.ca
Lyne Jacques, cheffe des revenus et des opérations, Miovision
