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L’IA me terrifie

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08.02.2026

Il paraît qu’il faut toujours embrasser son époque, épouser l’avenir avec le sourire.

Ça ne m’a jamais semblé aller de soi. Le monde moderne, avec sa lubie, son culte de la laideur, son gigantisme débile, son obsession de la vitesse et sa capacité à broyer les cultures dans le grand malaxeur planétaire, m’ennuie.

Mais bon, il faut s’y faire, et je m’y fais comme tout le monde: je n’ai pas une vocation d’ermite ou d’Amish.

J’avoue toutefois que la percée de l’IA me désespère un peu.

J’en sais les avantages immenses, notamment sur le plan médical. Elle permettra ainsi de mieux combattre le cancer. Ce n’est pas rien. Elle a probablement mille autres avantages aussi.

Mais elle bouleverse en ce moment nos vies à toute vitesse, et risque de nous transformer collectivement en un immense troupeau d’idiots sous perfusion informatique.

Quelques exemples: plusieurs de mes amis enseignants ou profs ne font plus faire de travaux à leurs étudiants à la maison, parce que ces derniers demandent à ChatGPT de les faire à leur place.

Autrement dit, on demande à la machine de penser à notre place, sans même en avoir honte.

De la même manière, combien sont-ils, aujourd’hui, à traiter telle ou telle IA comme un psychologue, un confesseur, au point de s’enfermer dans une «relation» avec une machine, qui les poussera à la détresse, à l’effondrement psychique?

À quel moment nous sommes-nous dit qu’il était normal d’échanger avec une IA, de nous priver de vrais amis, de vrais humains, à quel moment avons-nous consenti à la virtualisation intégrale de notre existence?

L’IA ne sera jamais une «amie» non plus qu’un confesseur ou un psychologue.

À moins qu’à terme nous ne consentions vraiment à voir dans The Matrix non pas un film de science-fiction, mais un film d’anticipation.

Il m’arrive de craindre que ce soit le cas. Alors, je me ferai ermite.


© Le Journal de Montréal