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Intervention américaine en Iran: pour et contre

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03.03.2026

Jusqu’à ce qu’elle se concrétise, samedi, je n’étais pas favorable à l’intervention américaine en Iran. 

Sur le plan de la politique internationale, j’en suis venu, avec les années, à me rallier au parti de la plus grande prudence.

D’autant que les Américains, depuis 25 ans, n’ont pas vraiment une histoire glorieuse au Moyen-Orient, et le messianisme néoconservateur qui les avait poussés à vouloir démocratiser la région de force a accouché globalement d’une vraie catastrophe.

Mais voilà, ils ont attaqué. Peut-on, dès lors, en quittant les grandes postures de dénonciation morale, distinguer le pour du contre de cette intervention ? Essayons d’y voir clair.

Avec le pour d’abord.

La République islamique d’Iran, le régime des Mollahs, comme on dit souvent, est une abomination. Ce régime, en place depuis 47 ans, a transformé un pays civilisé, sophistiqué, raffiné, en enfer carcéral pour une population qui a multiplié les révoltes contre lui.

De même, animé par une idéologie apocalyptique, satanisant sans cesse l’Occident, il rêve d’anéantir Israël, au nom d’un antisionisme maniaque qui n’est rien d’autre qu’un antisémitisme génocidaire. Un tel régime ne peut sérieusement disposer de l’arme atomique.

On ajoutera une chose : depuis 1979, l’Iran a travaillé activement à l’exportation de la révolution islamiste à travers le monde, et s’est comporté comme un régime agressif.

Autrement dit, même si on pouvait avoir de sérieuses réserves sur cette intervention, on peut lui trouver des vertus.

Mais ce serait une erreur d’analyse que de ne pas voir les risques immenses qui l’accompagnent.

L’Iran est un État structuré, capable, on le constate, de tenir et de riposter.

Que se passera-t-il si, malgré les bombardements à répétition et malgré la décapitation du régime, ce dernier se maintient ? Il risque bien de se radicaliser et de réprimer encore plus son peuple.

De même, on le voit, Téhéran cherche à régionaliser la guerre ou, pour le dire autrement, à l’internationaliser.

Il suffirait de peu en la matière pour que la région s’embrase et ouvre ainsi, on me pardonnera l’image, les portes de l’enfer.

Que se passera-t-il demain si la Chine, ou la Russie — mais ce cas est moins probable —, se sentent directement menacées par cette opération ?

Imaginons aussi que le régime tombe, mais que l’Iran, qui n’est pas un pays homogène, tombe dans la guerre civile, ce qui pourrait bien entraîner une nouvelle vague de réfugiés en Europe et en Occident, alors que nos sociétés ne peuvent plus en accueillir...

En fait, nous entrons dans une nouvelle époque qui parlera moins le langage du droit international que celui du rapport de force, de la guerre et de la diplomatie, où les empires prédateurs se permettront, on le voit, de s’en prendre aux régimes qui les menacent, ou chercheront, si les circonstances le permettent, à s’emparer de tel ou tel territoire qu’ils convoitent.

L’utopie mondialiste est derrière nous, qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse.


© Le Journal de Montréal