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Non, Québec n’agit pas toujours dans notre intérêt

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01.04.2026

Il faut l’entendre pour le croire.

Devant la Cour suprême, dans la cause de la Loi 21, le Procureur général du Québec a plaidé que la population devrait « présumer » que le gouvernement agit dans son intérêt et donc lui faire confiance pour utiliser la clause dérogatoire comme bon lui semble.

Vraiment ? Depuis quand les Québécois donnent-ils un chèque en blanc à leurs gouvernements ?

Parce que s’il y a une chose sur laquelle on s’entend tous, c’est bien celle-ci : les gouvernements peuvent se tromper. Et pas à peu près quand c’est le cas.

Commission Charbonneau, SAAQclic, bâillons à répétition, décisions improvisées. La liste est longue. Très longue.

Et ce n’est pas juste ici. En Alberta, on a mis fin à une grève d’un coup de baguette magique avec la clause dérogatoire. En Saskatchewan, on s’en est servi pour restreindre les droits d’enfants LGBTQ.

Même à Ottawa, ça dérape. L’application ArriveCan ? 80 000 $ prévus. Résultat final : 60 millions pour une boîte de deux employés.

Malgré tout ça, on voudrait qu’on fasse confiance aveuglément ? 

La clause dérogatoire, c’est quoi au juste ? C’est un pouvoir énorme. Un moyen pour le gouvernement d’adopter des lois qui contournent nos droits fondamentaux en toute légalité. Qu’il s’agisse de liberté d’expression, de droit à l’égalité ou de libertés fondamentales, il faudrait que nous mettions tout cela de côté en espérant que le gouvernement fasse « le bon choix ».

Dans le cas de la Loi 21, soyons clairs. On parle d’une loi qui empêche des citoyens de travailler à cause de ce qu’ils portent. Une loi qui vise directement certaines communautés. Une loi qui frappe particulièrement des femmes.

Et si le gouvernement a utilisé la clause dérogatoire dès le départ, ce n’est pas un hasard. C’est parce qu’il sait très bien que cette loi pose problème sur le plan des droits.

On peut être pour ou contre les signes religieux : ce n’est pas la question. La vraie question, c’est de savoir si nous sommes prêts à laisser le gouvernement décider, sans limite, quand nos droits deviennent optionnels.

Parce qu’au final, un gouvernement, ça ne fonctionne pas à l’intérêt général abstrait. Ça fonctionne à l’intérêt politique. Et prétendre le contraire, c’est nous prendre pour des naïfs.

Les Québécois ne sont pas dupes. Et ils ne devraient jamais accepter de l’être.

PDG du Conseil national des musulmans canadiens


© Le Journal de Montréal