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Pouvons-nous résister à l’économie de l’attention?

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17.04.2026

À l’occasion d’une projection spéciale, la Cinémathèque québécoise présentait le mois dernier Sátántangó (une autre représentation est prévue le 30 mai prochain), une œuvre déconcertante et unique, exigeante et hypnotique. Réalisé par Béla Tarr sur une période de trois ans à l’aube des années 1990, ce film est, depuis sa sortie, nimbé d’une aura mythique : s’il a circulé dans les milieux d’initiés, rares sont les salles qui le diffusent, compte tenu de sa durée d’un peu plus de sept heures. Il tient son pouvoir de plans-séquences envoûtants, magnifiquement filmés en noir et blanc, et d’un récit sobre, qui ont pour effet de créer une atmosphère lugubre, parfois qualifiée d’apocalyptique. Bien que le film soit traversé par la mort, la destruction, la fatalité, thèmes d’une criante actualité, il me semble néanmoins que l’on n’émerge pas d’un tel spectacle miné par le pessimisme.

On a dit ailleurs — et souvent — les qualités artistiques incontestables de l’œuvre. Or, la voir engage une réflexion sur notre rapport au temps et à l’attention. Visionner un film aussi long, en salle, relève parfois de l’épreuve physique : même si la séance est entrecoupée de deux entractes (ce que Béla Tarr, semble-t-il, exécrait ; il souhaitait que le film soit vu d’un trait), les muscles se........

© Le Devoir