Nous sommes tous complotistes
Je ne suis pas complotiste. Je ne crois pas plus à la vertu affichée des dirigeants politiques qu’à leurs turpitudes généralisées. Je ne suis pas complotiste ; pourtant, comme bien d’autres sans doute, je ne peux m’empêcher de penser que Jeffrey Epstein s’est enlevé la vie bien opportunément devant une caméra de surveillance tombée elle aussi bien opportunément en panne quelque temps auparavant. De la même manière, j’éprouve quelques doutes que Lee Harvey Oswald ait agi seul, doutes qui sont renforcés par le fait qu’il a été lui-même abattu quelques jours à peine après avoir assassiné le président Kennedy.
Les thèses complotistes s’alimentent dans un vaste vivier de fantasmes, mais aussi à partir de ce qu’on pourrait appeler pudiquement des « faits troublants ». Le suicide d’Epstein, l’assassinat de Lee Harvey Oswald, voilà le genre de « faits troublants » que l’on a du mal à penser n’être dus qu’à un concours de circonstances.
Les humains sont faits ainsi : ils n’aiment pas l’inexplicable, l’incertain ou le fortuit. Cela remonte à loin. Quand un jeune homme mourait dans la force de l’âge au sein d’une lointaine tribu préhistorique, les membres de la tribu songeaient immédiatement qu’il était victime d’un sortilège et se mettaient en quête d’un coupable, que l’on trouvait évidemment, et que l’on tuait, le plus souvent. La mort mise à part, on en était encore là dans les campagnes, il n’y a pas si longtemps, lorsque les vaches ou les brebis d’un troupeau tombaient inexplicablement........
