Idées | Habiter le français
Il y a quelques semaines, je publiais dans Le Devoir une lettre dénonçant l’attitude de Michael Rousseau, président d’Air Canada, après la diffusion d’une vidéo unilingue anglaise annonçant la mort de deux pilotes de la compagnie. (On apprenait vendredi que le Commissariat aux langues officielles a ouvert une enquête après avoir reçu plus de 2400 plaintes relatives à cette vidéo.) Je n’imaginais pas l’ampleur que prendrait cette prise de parole. Une dizaine d’entrevues plus tard, je sens le besoin de revenir sur ce que je n’ai pas eu le temps de dire, et qui me paraît plus important encore que la polémique elle-même.
Je reprends la parole maintenant par choix. Le cycle des nouvelles va trop vite, une indignation chasse l’autre avant qu’on ait eu le temps d’y penser. Certains sujets méritent qu’on y revienne une fois le bruit retombé, parce qu’ils touchent à quelque chose de plus profond que l’écume du jour.
Une précision sur le lieu d’où je parle. Ma mère a enseigné le français en francisation pendant vingt-cinq ans. Vingt-cinq ans à accueillir des nouveaux arrivants venus de partout, à leur tendre la main, à leur donner les outils pour qu’ils rejoignent leur société d’accueil avec dignité. J’ai grandi en voyant ce qu’est vraiment l’apprentissage d’une langue : non pas une corvée imposée, mais un pont qu’on tend à l’autre, et que l’autre saisit presque toujours quand on le lui présente avec respect. « Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde », écrivait Wittgenstein. Apprendre une langue, ce n’est pas acquérir........
