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La pensée lépreuse

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19.05.2026

La nature ne fait pas toujours bien les choses. Prenons par exemple le cerveau humain : étant donné qu’un raisonnement élaboré et subtil exige plus de ressources énergétiques qu’une pensée simplificatrice et schématique, il a évolué de manière à préférer les conclusions précipitées à la complexité. À résoudre rapidement l’irrésolu, quitte à couper les coins ronds. À établir hâtivement des certitudes, au risque de commettre certaines erreurs. Ces raccourcis cognitifs, que les psychologues cognitivistes appellent des « heuristiques », sont très utiles du point de vue de la survie de l’espèce, en ce qu’ils permettent un décodage rapide de notre environnement ; en contrepartie, ils génèrent aussi un grand nombre de biais.

Le bruissement dans le buisson provient-il d’un lion ? Vaut mieux supposer que oui, quitte à me tromper neuf fois sur dix, car la dixième risque d’être fatale. Dans la brousse, pas le temps de niaiser : un animal paralysé par ses propres pensées est une proie facile. Ce qui valait dans la savane est encore plus vrai dans la jungle numérique des réseaux sociaux.

On le sait, on le répète, mais ces plateformes encouragent et récompensent les réactions épidermiques. On oublie, cela dit, de rappeler les causes structurelles d’un tel climat : si ces espaces de discussion démocratique censés servir d’agora virtuelle pour tous les cybercitoyens du monde sont devenus le triste théâtre d’engueulades aussi prévisibles que stériles, c’est notamment parce qu’ils ont été colonisés par des acteurs économiques dont le modèle d’affaires dépend de ce type de contenu clivant.

Il s’est en effet formé depuis une quinzaine d’années — pour emprunter........

© Le Devoir