Éditorial | Une conversion au PCQ dans les contradictions
Le Parti conservateur du Québec (re)fait en définitive son entrée à l’Assemblée nationale. Les portes du Parlement ne lui seront pas ouvertes grâce à une victoire électorale, laquelle a échappé au chef Éric Duhaime à toutes les occasions qui se sont présentées depuis son arrivée à la tête de la formation, il y a cinq ans, mais grâce à l’ex-ministre caquiste Maïté Blanchette Vézina, dont la conversion, bien que progressive, ne s’achève pas moins truffée d’incohérences.
À quelques mois du début officiel d’une campagne électorale dont les débats sont déjà bien amorcés, Éric Duhaime ne pouvait espérer mieux. Le recrutement de cette élue, devenue indépendante après avoir quitté la Coalition avenir Québec de François Legault à la suite de son expulsion du Conseil des ministres, permettra au chef conservateur de se présenter à sa guise à l’Assemblée nationale aux côtés de « sa » députée. Laquelle défendra les positions du Parti conservateur du Québec (PCQ) au salon rouge lors de la période des questions ou lors de la tenue de votes, voire par le dépôt éventuel de projets de loi d’ici la fin de la session parlementaire.
Le parti populiste de la pandémie de jadis poursuit en outre son recadrage, en se dotant d’une expérience gouvernementale caquiste de surcroît, en vue de séduire d’autres déçus de la droite.
Il reste toutefois à Éric Duhaime à démontrer qu’il peut réussir le test par excellence de légitimité, ce qu’il n’a pas réussi à faire jusqu’ici. Se frayer une place à l’Assemblée nationale en ralliant une députée transfuge à la fois est une chose — l’ex-caquiste Claire Samson avait précédé Mme Blanchette-Vézina à ce chapitre en 2021 —, y faire son entrée avec des députés élus sous ses propres couleurs en est une autre.
Or, depuis les élections provinciales de 2022, le PCQ n’a réussi à se faire élire lors d’aucune des cinq partielles disputées. Et ce, y compris dans Arthabaska-L’Érable, où Éric Duhaime s’était lui-même porté candidat cet été et où le parti avait investi toutes les énergies de ses effectifs limités, sans pour autant parvenir à gagner. C’est pourtant le verdict citoyen qui décide de la place et de la voix des formations politiques dans nos parlements.
L’anachronisme de l’actuelle composition de l’Assemblée nationale, à la lumière du revirement de tendances de la dernière année, est certes flagrant. Éric Duhaime ne peut cependant du même souffle déplorer un manque de couverture médiatique ou de visibilité, ses idées étant amplement discutées (et même reprises par ses adversaires, de son propre aveu).
Son choix de porte-voix à l’Assemblée nationale, pour l’heure, n’a rien d’étonnant après des mois de rapprochement. La métamorphose de Maïté Blanchette Vézina n’en demeure toutefois pas moins inconséquente.
Au fil de l’histoire, plusieurs transfuges se sont avérés des baromètres de l’humeur de leurs électeurs, qui valorisent souvent davantage par leur vote le parti que le candidat local (25 % et 7 % respectivement, selon une analyse de la professeure Claire Durand). L’électorat de la circonscription de Rimouski n’a cependant pas abandonné la CAQ au profit du PCQ, mais plutôt pour un retour pressenti auprès du Parti québécois, selon les sondages. L’amertume paraît avant tout ici être celle de l’élue…
Le chef Éric Duhaime, qui a été adéquiste et bloquiste, de même que conseiller au sein de l’Alliance canadienne, n’a rien contre le butinage passé de sa nouvelle députée — qui a quant à elle été membre du Parti québécois et de Québec solidaire avant de rejoindre la CAQ. Les conservateurs du Québec, par contre, sont ceux qui sont les plus réfractaires aux transfuges, 71 % d’entre eux jugeant inacceptable un tel changement d’allégeance, contre 57 % dans l’ensemble de la population québécoise, selon Léger.
Les contradictions politiques de Mme Blanchette Vézina sont encore plus gênantes. L’ex-mairesse de Sainte-Luce, dont le conseil municipal s’était opposé à l’exploitation d’hydrocarbures sous son règne, peine à expliquer qu’elle appuie aujourd’hui l’exploitation du gaz de schiste. Quant à sa défense passionnée des régions, elle s’y dévouera en quittant le Bas-Saint-Laurent pour la circonscription périurbaine de La Peltrie, qui s’étire au nord de la deuxième ville en importance du Québec. Et qui, accessoirement, figure au huitième rang des 11 circonscriptions les plus favorables au PCQ, selon l’agrégateur de sondage Qc125, qui n’en accorde inversement plus aucune à la CAQ.
Comme d’autres avant elle, Maïté Blanchette Vézina est tout à fait en droit de revoir ses allégeances politiques. Une telle conversion ne la dispense toutefois pas d’une élémentaire honnêteté intellectuelle.
Quant à Éric Duhaime, s’il parvient à faire élire quelques députés conservateurs en bonne et due forme cet automne, il pourra s’atteler à faire progresser l’éternelle promesse reniée d’une réforme du mode de scrutin uninominal à un tour et à corriger cette distorsion démocratique de l’intérieur. Mais d’abord faut-il que son parti parvienne à franchir cette première épreuve démocratique.
Ce texte fait partie de notre section Opinion. Il s’agit d’un éditorial et, à ce titre, il reflète les valeurs et la position du Devoir telles que définies par son directeur en collégialité avec l’équipe éditoriale.
