Libre opinion | Le masculinisme n’est pas apparu lundi matin
Chaque fois qu’un homme commet un acte de violence au nom d’une idéologie misogyne, on parle de folie, de dérive individuelle, de cas isolé. Comme si le problème disparaissait dès qu’on le réduit à la psychologie d’un seul homme. Pourtant, la fusillade survenue lundi à Montréal et le manifeste laissé par son auteur racontent tout autre chose. Ils nous parlent d’un phénomène social bien réel que nous refusons encore trop souvent de nommer.
Oui, ce qui s’est passé est aberrant. Oui, le manifeste contient des propos choquants, haineux et profondément inquiétants. Mais le plus frappant, c’est de voir à quel point plusieurs semblent surpris. Comme si ces idées étaient apparues de nulle part. Comme si aucun signal d’alarme n’avait été lancé depuis des années.
Après la tuerie de Polytechnique, plusieurs analyses se sont concentrées sur la psychologie du meurtrier plutôt que sur le sens politique de son geste. En 1990, la sociologue Colette Guillaumin s’insurgeait déjà contre cette tendance et soutenait que l’attentat ne devait pas être vu comme « un acte dépourvu de sens ».
Trente-six ans plus tard, nous reproduisons la même erreur.
Le manifeste du tireur développe sur plus d’une centaine de pages une vision du monde........
