Quand le sol bouge sous nos pieds
Il y a un sentiment qui m’habite depuis quelques années, difficile à nommer avec précision. Ce n’est pas de la nostalgie. Ce n’est pas non plus une résistance au changement. C’est quelque chose de plus profond : l’impression que les repères qui structuraient notre façon de distinguer l’acceptable de l’inacceptable se sont mis à bouger, discrètement d’abord, puis de façon de plus en plus visible.
Ce qui me frappait hier comme une évidence morale fait aujourd’hui l’objet d’un débat. Ce qui était une ligne rouge est devenu une nuance. Et cette normalisation progressive de l’inadmissible, je ne la vis pas comme une abstraction. Je la vis de près, à travers le prisme de ce que j’ai construit professionnellement.
Pendant plus de quinze ans, j’ai travaillé en coopération internationale pour le développement et contribué dans mon travail de volontariat à des projets axés sur la promotion de la justice sociale, aux côtés de communautés qui avaient peu de pouvoir sur les décisions qui les concernaient. Ce travail reposait sur une conviction simple : que les marges peuvent être réduites, que les personnes les plus vulnérables peuvent gagner en autonomie, en recours, en dignité. Que l’action collective a du........
