Le nouveau normal
Je me livre à un passe-temps niché depuis quelques semaines, je photographie des bazous rouillés pour illustrer l’époque. Je n’en ai jamais aperçu autant sur la route. Dans une Amérique qui a sacralisé le « char » au centre de son développement urbain (et rural), de sa fierté économique et de sa réussite sociale, ces véhicules qui n’ont parfois plus que le tictac et le branlant symbolisent tout de la crise actuelle. Je les trouve à la fois attendrissants et crève-cœur, tant ils se révèlent un miroir des inégalités et du lest qu’on jette en premier lieu.
« Ça sert à rien d’avoir des chars neufs ! s’est exclamé mon B. As-tu vu l’état des rues ? ! »
En effet ! Entre se loger, se nourrir et les apparences, la pyramide de Maslow a le dernier mot. En sortant de Liquidation Marie la semaine dernière, j’ai aperçu une auto qui tenait autant par les couches de duct tape que par les prières à l’endroit de saint Antoine (causes désespérées et objets perdus). Elle roulait sur une crevaison audible et visible, avec quatre passagers penchés à droite. J’ai vu ça dans des pays qualifiés de pauvres, jamais à Longueuil. François Lambert leur dirait peut-être de fermer leur yeule pis de travailler plus fort.
« Mon logement ne m’appartient pas un peu à mes nouveaux propriétaires surtout à la banque. » Jolène Ruest, «Une porte»
« Mon logement ne m’appartient pas un peu à mes nouveaux propriétaires surtout à la banque. »
Si ce n’était qu’une question de choix, être cassé ou pauvre (il y a une nuance et elle est d’ordre systémique), ça se saurait, depuis le temps. Une chose demeure certaine : ne pas avoir d’oseille s’accompagne souvent de honte, d’isolement social, de sentiment d’injustice qui mènent aux révolutions. Ça s’est déjà vu…
Anyway, je suis comme vous, estomaquée devant le prix du moindre aliment ; je cours à droite, à gauche et de travers pour économiser quelques dollars et je n’ai plus de famille à nourrir tous les jours. « Comment ils font, le monde ? » ai-je entendu sur les ondes de QUB, récemment.
Le monde se promène en bazou duct tapé entre Costco, Maxi, Super C, Dollarama, Liquidation Marie, et, pour les plus hardis, il y a le glanage urbain (un mot chic pour déchétarisme), entre l’app Too Good to Go et les banques alimentaires. Le monde fait son gros possible d’une main et garde l’autre pour demain.
J’ai jasé avec Carine Locas, une associée de Marieve Breton à Liquidation Marie, une épicerie qui liquide, l’enseigne le dit. Je suis abonnée aux vidéos de Marieve sur les réseaux sociaux depuis l’année dernière et je suis fascinée par cette fille charismatique qui transforme ton épicerie en........
