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Avoir du front

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29.05.2026

Lorsque le reporter de guerre Fabrice de Pierrebourg évoque 1,2 million de déplacés au Liban, ce n’est pas qu’un chiffre sans âme ; ce sont des valises empilées dans une voiture pour les plus chanceux, un matelas encordé sur le toit, des scooters enfourchés à la va-vite ou la marche pour les autres, et une ambiance de film catastrophe. Tous aux abris.

Depuis septembre, ce vétéran du gilet pare-balles, dont les tympans sont accoutumés aux sirènes d’alerte, s’est porté volontaire pour aller en Cisjordanie occupée, au Liban, et deux fois en Ukraine — dont il rentre tout juste — pour le compte du magazine L’actualité.

Rien qu’en mars dernier, alors qu’il était au Liban, plus de 500 000 civils, l’équivalent de la ville de Québec, ont été déplacés de la partie sud de Beyrouth. Les réfugiés de l’intérieur comme ceux de l’extérieur se demandent « quand, si, comment et où » ils reviendront. « Les gens sont parfois déplacés sur 20 kilomètres seulement. Ce n’est pas comme traverser l’Atlantique en radeau, mais le drame est le même, constate Fabrice. Tout laisser derrière soi, en catastrophe, je l’ai vu en Ukraine aussi, les gens fuyant en train, à pied, comme ils pouvaient, vers la Pologne, un sac de plastique à la main… »

« L’endroit vous manquait, les soldats, la surexcitation, les émotions ressenties là où il n’était besoin d’inventer aucun drame, jamais. » Michael Herr, « Putain de mort »

« L’endroit vous manquait, les soldats, la surexcitation, les émotions ressenties là où il n’était besoin d’inventer aucun drame, jamais. »

Attablé devant un cappuccino, un de ses plaisirs, Fabrice me raconte ses aventures avec une simplicité désarmante. Là où d’autres bomberaient le torse, lui (d’une humilité qui est la marque des grands, dit-on) s’excuse presque d’attirer l’attention. Ce journaliste de terrain, qui a fait de la photo à ses débuts, et s’est joint à l’équipe d’enquête de La Presse plusieurs années, travaille désormais comme indépendant. Fabrice a toujours le feu sacré, même s’il travaille dans des conditions qui n’ont rien du cinq-étoiles.

Cet homme rompu aux limites du strict nécessaire connaît tout du café lyophilisé des petits matins blêmes dans des planques inconfortables avec des soldats. Ceux-ci sont parfois des civils recrutés par la force des choses, victimes de la furie des tyrans eux aussi.

Photo: fournie par Fabrice de Pierrebourg Fabrice de Pierrebourg avec un groupe de dronistes en Ukraine, des combattants Tatars de Crimée.

Ne pas avoir peur est dangereux

Son dernier papier ukrainien (sa neuvième visite en quatre années de conflit)........

© Le Devoir