À qui appartient notre mort?
On est rarement au clair avec la mort. Avec la vie non plus, du reste. Par contre, je ne perds jamais de vue cette alliée invisible, saupoudreuse de précieux sur le temps, qui magnifie ce que je tiens pour acquis. La maladie et la vieillesse en sont généralement le vestibule tant appréhendé.
Comme vous, j’imagine, j’aimerais rendre mon dernier souffle sereinement et sans souffrances, sans être un poids pour mon entourage, une dernière illusion de contrôle avant le lâcher-prise final. Ce sont les deux principales raisons avancées par les gens qui ont recours à l’aide médicale à mourir (AMM), presque 8 % des passages vers l’au-delà au Québec. En dix ans, nous sommes devenus les champions de quelque chose : de l’euthanasie. C’est « un beau cas », comme disait mon père pneumologue devant un patient aux symptômes complexes.
« Cette médecine à qui nous confions notre mort constitue une des causes majeures de notre mal mourir […] » Hubert Doucet, «La mort médicale, est-ce humain?»
« Cette médecine à qui nous confions notre mort constitue une des causes majeures de notre mal mourir […] »
L’aide médicale à mourir (après l’acharnement thérapeutique, parfois) nous aura permis de négocier avec la mort de façon plus civilisée jusqu’au seuil des adieux.
J’aurais, personnellement, souhaité disposer de 48 heures pour me préparer à la mort de mon père et je ne sais si aujourd’hui il aurait été admissible à l’AMM. Peu importe. J’apprécie le fait qu’il m’ait fait des adieux silencieux et anticipés, assis au bout de mon lit un midi d’avril. J’étais enceinte et nauséeuse, pâle comme une morte, pas en état de jaser. Je n’oublierai jamais son regard et tout ce qui s’est dit sans mots. Les suicidaires ne préviennent pas toujours. Parfois, les adieux s’avèrent d’une simplicité désarmante. Je l’ai compris après. Et c’était ce qu’il pouvait encore m’offrir à cette étape de sa vie. Quant à moi, qu’aurais-je pu faire de mieux ? Sa mort ne m’appartenait pas. J’ai encore les larmes aux yeux en l’écrivant…
Si je n’ai jamais tenu rigueur à mon père de son choix (sa souffrance était réelle), j’ai cheminé et réfléchi, lu et écrit sur le suicide, également sur le suicide médicalement assisté, euthanasie, appelez-le comme vous voulez. J’ai été témoin d’une AMM en 2018, à titre de journaliste, et je ne suis pas près de l’oublier (« L’aide à mourir en douce », 2 mars 2018). Le docteur Claude Rivard est une référence en la matière, un homme aux « bedside manners » impeccables qui........
