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Des brèches colmatées en itinérance, mais un chantier qui reste entier

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La bonification de certains programmes de financement en itinérance, annoncée dans le récent budget québécois, contient des signaux encourageants. Comme l’a souligné lundi le ministre des Finances, Eric Girard, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, cette bonification permettra de maintenir des programmes d’hébergement d’urgence et transitoire, d’améliorer la prévention de l’itinérance et de loger un plus grand nombre de personnes en situation d’itinérance.

Dans un contexte où la précarité gagne du terrain, nous saluons la volonté du gouvernement de maintenir certains filets de sécurité. Toutefois, si ces mesures permettent de colmater des brèches urgentes, elles ne constituent pas encore le virage structurel nécessaire pour inverser la spirale de l’itinérance au Québec.

Des gains concrets pour la prévention et le maintien de programmes essentiels

L’un des signaux positifs de ce budget est la bonification du Programme de prévention des évictions (PETAL), doté de 27 millions de dollars sur cinq ans. Ce programme, dont la Mission Old Brewery et la Maison du Père sont les principaux partenaires, incarne la proactivité dont nous avons besoin. En intervenant directement au Tribunal administratif du logement (TAL) pour repérer les locataires à risque avant qu’ils ne perdent leur toit, nous agissons à la source. C’est une reconnaissance claire que la lutte contre l’itinérance commence bien avant la rue.

De plus, l’octroi de 25 millions de dollars pour pallier la fin d’un financement fédéral apportera une bouffée d’oxygène indispensable pour de nombreux organismes. Cette compensation permet une stabilisation à court terme des services directs et de l’accompagnement personnalisé, évitant ainsi certaines ruptures de services qui seraient catastrophiques pour les personnes vulnérables.

L’ambition face à la réalité du terrain

Le budget prévoit également 21,4 millions sur trois ans pour 1000 nouveaux logements dans le Programme de supplément au loyer (PSL). Si cette mesure est bienvenue, elle demeure une demi-mesure : c’est d’au moins 10 000 nouveaux logements dont nous avons besoin pour répondre minimalement à la demande de logements hors marché à travers le Québec.

Une fois ces avancées reconnues, un constat demeure : le gouvernement gère la crise plus qu’il ne la résout. Pour opérer une transformation durable, le Québec doit passer de mesures réactives à des investissements structurants. Nous ne pourrons mettre fin à l’itinérance sans une offensive massive visant la prévention et la réaffiliation durable.

La prévention de l’itinérance. La prévention doit constituer le socle de l’action en itinérance. Intervenir en amont permet à des centaines de personnes d’éviter de basculer dans l’itinérance. Nous pouvons faire beaucoup mieux, notamment en mettant en place un registre des loyers obligatoire, en aidant financièrement de manière temporaire les ménages à risque de perdre leur logement et en accompagnant systématiquement les personnes quittant les institutions publiques.

Le logement hors marché. Nous rappelons la nécessité d’un plan de développement ambitieux de 10 000 nouveaux logements par an afin d’atteindre la cible de 20 % de logements hors marché. Le logement ne peut plus être traité comme une simple commodité, mais comme une infrastructure sociale de base. Prévoir 1000 nouveaux logements abordables sur trois ans est nettement insuffisant.

Le soutien communautaire. Construire des murs est bien sûr indispensable. Il faut toutefois prévoir un financement pérenne pour les services de soutien en logement, particulièrement pour les clientèles ayant des besoins complexes en santé mentale et en dépendance.

L’agilité municipale. Les villes sont en première ligne. Elles ont besoin de fonds spécifiques pour déployer des plans d’action adaptés, notamment pour la réalité criante des campements.

De la stabilité résidentielle à la dignité retrouvée

L’efficacité réelle des politiques ne se mesure pas uniquement aux sommes investies, mais à notre capacité à prévenir la cassure que représente la perte d’un chez-soi. En passant d’une gestion de l’urgence à une transformation structurante et en offrant enfin des solutions permanentes à des personnes dont la vie a souvent été marquée par des traumatismes, des événements de vie abrupts, des enjeux de santé mentale et d’autres causes structurelles qui ont pu mener à l’itinérance, le gouvernement a le pouvoir de prévenir, de réduire et de mettre fin à l’itinérance de manière durable au Québec.

Il est grand temps de faire preuve d’un leadership affirmé.

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