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La raison du plus fort

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13.04.2026

… n’est pas toujours la meilleure. Voilà bien un enseignement que l’histoire nous prodigue de mille et une façons, mais hélas sans grand succès, depuis David et Goliath jusqu’aux derniers soubresauts que le monde subit depuis un mois. Les empires hégémoniques dominent en toute impunité, mais pour un temps seulement, plus ou moins long, mais finalement assez court à l’échelle cosmologique : ils s’effondrent inévitablement, minés de l’intérieur, car le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument (Lord Acton, 1887), ou démolis de l’extérieur par un rival plus fort (et peut-être plus fou). On a vu, par exemple, Adolf Hitler avec ses hauts gradés faire le paon devant l’Arc de triomphe à Paris : comme il fallait être stupide pour penser que cela pouvait durer ! La théocratie américano-israélienne, dotée de la puissance militaire la plus extraordinaire que l’humanité ait jamais connue et dirigée par le guide suprême le plus brillant qu’on puisse imaginer, réussit facilement à dévaster Gaza, à conquérir la Cisjordanie tout doucement (enfin, sans trop réveiller le monde extérieur) par petites bouchées et à affaiblir le Hezbollah par des bombardements massifs. On croit ainsi chercher la paix et assurer la sécurité d’Israël, mais on nourrit plutôt une haine profonde qui fera des voisins survivants des ennemis féroces et perpétuels. Quant au dossier iranien, la saveur du mois, il nous offrira probablement une nouvelle démonstration de ces victoires à la Pyrrhus qui sont au fond des défaites. Saddam Hussein avait tenté de s’emparer de l’Iran en 1980 lorsque les bases de la toute nouvelle République islamique étaient encore fragiles : malgré les centaines de milliers de morts de part et d’autre, il ne réussit qu’à revenir huit ans plus tard à la case départ et surtout à renforcer le pouvoir de cette nouvelle théocratie. Aujourd’hui, l’offensive américano-israélienne et les discours incendiaires de Donald Trump semblent avoir un peu le même effet. La guerre qui devait durer quelques jours seulement compte tenu de l’infériorité évidente des forces iraniennes est loin d’être terminée et l’Iran peut même crier victoire en gardant le contrôle d’une arme que l’adversaire n’avait pas prévue, le (f… ing) détroit d’Ormuz. Cela dit, le régime iranien, aussi béni de Dieu croit-il être, avec son clergé et ses milices lourdement armées, demeure évidemment tyrannique pour son propre peuple et devra bien un jour subir le sort réservé à toutes les tyrannies : mais la chute du régime viendra en son temps, par les mouvements de résistance sur le terrain et non par des bombes tombées du ciel.


© Le Devoir