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La gratitude sans la performance

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26.04.2026

Quand la mère de mon partenaire a appris qu’elle allait mourir, elle a choisi une chanson pour ses funérailles. Elle était française, mais avait vécu toute sa vie d’adulte à Montréal, une femme d’une joie considérable, quelqu’un qui aimait les fêtes, qui allait au-devant du monde avec un vrai goût de vivre. La chanson qu’elle a choisie, c’est Gracias a la vida, une chanson folk chilienne écrite en 1966 par Violeta Parra, une femme qui allait mourir par suicide l’année suivante.

La mère de mon partenaire est décédée avant que j’aie jamais eu la chance de la rencontrer. Et pourtant, quelque chose dans cette chanson avait correspondu si précisément à la vérité de sa vie qu’elle a voulu qu’on la joue à sa fin.

Quand il me l’a raconté, je me suis arrêtée. Pas par deuil, mais par reconnaissance. J’avais déjà entendu cette chanson dans des foyers chiliens au Canada — jouée par des familles en exil après le coup d’État de 1973, qui essayaient d’expliquer quelque chose à leurs enfants nés au Canada que les mots ne pouvaient pas tout à fait contenir. Ce que ça signifie de porter une douleur qui ne part pas, et d’être quand même capable de joie. D’avoir un père qui a été torturé, exilé — et qui pouvait quand même rire avec toi au parc, s’asseoir avec toi un après-midi d’été et le vouloir vraiment.

Mon propre père était cet homme. Lucho parlait peu de son passé. Les grandes lignes seulement : torturé, prisonnier politique, exilé. Un été, pendant sa convalescence après un AVC, ma mère et moi étions assises, épuisées sur la galerie. On........

© Le Devoir