Idées|Le monstre qui n’épargne personne Estelle Chamoux
Récemment, deux événements ont fait frémir ma fibre féministe. D’un côté, des femmes fortes s’allient pour demander à notre nouvelle première ministre de légiférer pour prévenir les féminicides. De l’autre, plusieurs prises de position à propos d’un féminicide de 2024, en partie lié à la violence que la femme faisait subir à l’homme qui l’a tuée. « Ah ah ! Bon, les femmes aussi sont violentes ! » lit-on dans les commentaires. Certes, les femmes sont tout aussi capables d’être désagréables et contrôlantes que les hommes. Mais combien d’hommes meurent sous les coups de leur partenaire féminine ? Combien d’hommes ont les tripes nouées de peur chaque fois qu’ils rentrent chez eux ?
D’accord, ce n’est pas une compétition, mais les chiffres sont éloquents. Pour l’instant, les femmes restent les grandes sacrifiées d’une violence banalisée et bien mal prise en charge dans notre société. Et surtout les sacrifiées de la violence ignorée, cachée, non dite… celle qui pourrit la vie de toutes les femmes qui n’en parleront jamais.
La face cachée de la petite violence ordinaire
Il y a quelques jours, je devais constituer un dossier décrivant les principales réalisations de ma carrière. Professeure d’université, j’ai eu le parcours classique de tous mes collègues, masculins ou féminins. Tout à coup, au détour d’une ligne, il m’apparaît comme un coup de poing, ce trou… En 25 ans de carrière, l’évidence frappe : un bon cinq-sept ans où j’ai été « non productive » ; dans le jargon universitaire, ce sont des années sans publication........
