Viser le contenant, pas le contenu
Au printemps 2023, à l’invitation du Centre pour les médias, la technologie et la démocratie de l’Université McGill, j’ai pu rencontrer Frances Haugen, une ex-ingénieure de Meta devenue lanceuse d’alerte. Son nom avait fait le tour du monde en 2021, lorsqu’elle avait divulgué des milliers de documents internes de la compagnie à la Securities and Exchange Commission des États-Unis et au Wall Street Journal.
Les échanges internes entre employés de Meta alors rendus publics montraient que la compagnie connaissait pertinemment les effets délétères de ses produits sur la santé mentale de ses utilisateurs, particulièrement les plus jeunes. Par les documents ainsi divulgués et les témoignages de Mme Haugen au Sénat américain, au Parlement européen et au Parlement britannique, on a mieux compris comment Meta créait des algorithmes dans le but non seulement de créer une relation de dépendance à ses produits, mais d’amplifier la circulation de contenus polarisants, extrêmes, voire nocifs pour ses utilisateurs.
Partout où elle va, en public comme en privé, Frances Haugen donne le même conseil, que l’on pourrait résumer ainsi : lorsqu’il est question des effets néfastes des médias sociaux, il faut viser le contenant et non le contenu.
En effet, Mme Haugen vulgarise souvent la section 230 du Communication Decency Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1996 qui prévoit que les plateformes numériques ne sont pas légalement responsables du contenu qui y est affiché par ses utilisateurs. Cette logique peut se comprendre, même dans le monde physique : si, comme organisatrice d’une conférence, je pouvais être tenue pour légalement responsable de chaque connerie qu’une personne lambda pourrait venir dire au micro, ça pourrait refroidir mon ambition........
