La politesse des dominés
Le bilinguisme canadien aime se présenter comme un équilibre harmonieux entre deux langues fondatrices. Pourtant, certains gestes du quotidien politique racontent autre chose : une hiérarchie implicite qui finit par s’intérioriser jusque dans les réflexes des élites elles-mêmes.
Certaines scènes minuscules révèlent parfois davantage qu’un long discours sur l’état réel d’un pays.
Ces derniers jours, une séquence mettant en scène Mélanie Joly a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Devant des journalistes, la ministre s’exprime d’abord en anglais. Puis, plaçant sa main devant le micro comme pour partager une confidence, elle glisse : « Just a second », avant de revenir brièvement au français. Quelques instants plus tard, l’anglais reprend naturellement sa place.
Le moment dure à peine quelques secondes. Pourtant, il en dit beaucoup sur la manière dont certains rapports de pouvoir finissent par s’intérioriser jusque dans les automatismes les plus banals.
Depuis quelques années, le Canada officiel mène une vaste opération de réécriture symbolique de lui-même. Il ne s’agit plus de nier les rapports de force historiques, mais de les neutraliser subtilement dans le récit rassurant d’un pays réconcilié avec lui-même.
Le premier ministre Mark Carney évoquait récemment les plaines d’Abraham comme le lieu où aurait commencé l’« aventure canadienne », dans........
