On ne m’a pas appris à vivre avec un corps devenu mon ennemi
J’avais douze ans et je voulais être plus belle. J’avais douze ans et je voulais être plus aimée. J’avais douze ans et j’allais m’affamer.
Pendant des années, à l’école, j’ai appris à résoudre des équations, à analyser des textes et à mémoriser des formules. Pourtant, jamais on ne m’a appris à vivre avec mon corps lorsque celui-ci est devenu mon ennemi.
Perdre quarante livres et devenir la plus mince de la salle, c’était comme ça que j’allais être heureuse. C’était même comme ça que j’allais être « cool ». Après tout, qui n’aimait pas la vibe de Kate Moss, le heroin chic des années 1990 ? À mes yeux, changer de corps, le réduire à la taille d’un spaghetti, c’était la solution ultime pour résoudre tous mes maux. Et je devais le faire vite. Je commençais le secondaire dans un mois et, dès mon entrée, je devais impressionner, faire tourner les regards, sentir que, moi aussi, je comptais.
Je suivais à la lettre les indications d’Internet : 1200 calories maximum, jeûnes prolongés, quatre litres d’eau, trois heures d’activité physique chaque jour…
Évidemment, mon plan sévère m’avait amenée à atteindre mon objectif sans trop tarder. À presque treize ans, j’étais de retour au poids d’un enfant de neuf ans. Le nombre en tant que tel m’importait peu. Aussi longtemps que ça descendait, j’étais contente.
Cependant, l’anorexie avait carrément massacré ma santé. Mes menstruations avaient cessé. Mes cheveux tombaient en poignées. Ma peau avait jauni et séché. Mes mains et mes lèvres........
