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Quand la note « B » rend malade

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14.05.2026

Orlando Ceide se souvient de sa grand-mère qui lui a appris à être irréprochable.

Je viens d’une famille modeste. En réalité, cela veut dire que nous n’avions presque rien, sinon une manière de rester debout. Chez nous, la pauvreté n’était ni spectaculaire ni bruyante. Elle était disciplinée. Elle se logeait dans les gestes, les silences et cette conviction obstinée que l’école pouvait nous sortir de la misère.

Ma grand-mère, que j’appelle « manman⁠1 », n’a pas de diplôme. Pourtant, elle comprend ce que d’autres apprennent tardivement : la valeur mystique de ce bout de papier qui représente une légitimité et une forme de protection dans la jungle professionnelle.

Je me souviens d’une scène qui me revient souvent lorsque je pense à mes années de primaire. Chaque jour, en revenant de l’école, ma grand-mère me sert un grand plat d’aleken ⁠2. Comme si nourrir mon corps était une condition pour discipliner mon cerveau.

Elle prend mon manuel d’histoire d’Haïti avec un sérieux solennel. Elle le tient comme une femme qui maîtrise les 26 lettres de l’alphabet. Puis, elle me demande de réciter mes leçons par cœur.

Dès qu’elle soupçonne que j’avale un mot, elle m’arrête. Elle me remet le manuel en me lançant : « Al repase leson w, pitit gason m⁠3. » Quand je récite sans hésitation, elle me dit : « Ou konn leson an. Ou ka al........

© La Presse