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Il se passe quelque chose dans la télé québécoise

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31.03.2026

Oui, l’industrie vacille. Les revenus s’érodent, écrasés par la puissance des plateformes américaines. Le modèle change, et pas doucement. Mais au cœur de cette fragilité, il y a une chose qui ne flanche pas : la créativité des créateurs québécois. Et elle est en train de prendre toute la place.

Je l’ai ressenti récemment au festival Séries Mania, à Lille (le plus grand évènement consacré aux séries en Europe). J’y étais pour représenter Le gouffre lumineux, que j’ai tourné l’automne dernier, dans une vitrine intitulée Coming Next from Quebec, dédiée aux œuvres d’ici destinées aux acheteurs internationaux.

La salle était pleine. L’attention était réelle parce que le Québec intrigue. On dirait qu’ils se disent : « Mais c’est qui ces beaux fous-là ? »

Dans cette vitrine il y avait les prochaines œuvres de gros talents d’ici comme Eric Piccoli, Julien Hurteau, Simon Boulerice, la gang de Passez Go, etc.

PHOTO ELISE HOUBEN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le festival Séries Mania s’est tenu à Lille, en France, du 20 au 27 mars.

Les œuvres québécoises rayonnaient aussi dans les différentes compétitions. Ayer’s Cliff d’Édouard Gingras et Zacharie Lareau a remporté le prix de la meilleure série courte. Vitrerie Joyal, signée Martin Matte et Guillaume Lonergan, a eu l’honneur de clôturer le festival pendant une cérémonie tirée à quatre épingles.

Et la série Bienvenue à Kingston-Falls de Robin Aubert (un bijou de liberté narrative) m’a rappelé à quel point notre télé peut encore surprendre quand on lui en laisse la latitude. Maxime Leflaguais, qui brille dans la série de Robin, a d’ailleurs remporté le prix du meilleur acteur remis à Lille ! Bravo à Encore Spectacle & Télévision d’encadrer ce grand cinéaste-poète dans son envie de s’amuser avec le médium télé.

Il y avait un fil conducteur à tout ça : une signature. Une manière de raconter qui ne cherche pas à imiter, mais à exister. Et ça se voit. Dans les rencontres, dans les conversations qui s’ouvrent spontanément. Producteurs, diffuseurs, agents : tous cherchent à connecter avec les créateurs d’ici. À comprendre ce qui se fabrique chez nous.

Ce momentum, on le doit aussi beaucoup à des succès récents. Empathie, entre autres, qui a remporté le prix du public l’an dernier à ce festival, a laissé une forte empreinte.

Le succès qui a suivi a été un raz-de-marée en France. À Lille, j’ai vu Florence Longpré être sollicitée pour des selfies par des admirateurs français qui la regardaient comme une vedette rock. Je les comprends.

Laissez-nous nous éclater, les téléspectateurs vont nous suivre. On parle souvent de crise. Mais ce que j’ai vu, moi, c’est une vitalité. Une scène qui, même fragilisée économiquement, déborde d’idées, de voix, de visions. L’industrie d’ici est peut-être en train de se redéfinir, mais ses créateurs, eux, n’ont jamais été aussi vivants. Et c’est peut-être ça, au fond, notre meilleure garantie de survie.


© La Presse