Le dépistage en milieu communautaire : une évidence pour enrayer l’hépatite C
La crise de l’itinérance vient augmenter le risque de propagation de l’hépatite C rappellent les 42 signataires de la lettre *. Pourtant, une approche concertée est possible pour dépister et traiter la maladie.
La propagation du virus de l’hépatite C (VHC) n’est pas une fatalité : elle peut et doit être enrayée avant 2030, selon les cibles de l’Organisation mondiale de la Santé, au même titre que le VIH. Mais le gouvernement du Québec est aux abonnés absents autant par rapport aux autres juridictions qu’aux nombreux appels des acteurs du milieu communautaire et de la santé qui, depuis des années, réclament la mise en place d’une stratégie nationale pour lutter contre l’hépatite C.1
Aujourd’hui, le VHC se traite et se guérit en 8 à 12 semaines, et pratiquement sans effets secondaires. Son dépistage est aussi grandement simplifié grâce aux nouveaux tests rapides autorisés par Santé Canada, qui permettent dans un premier temps d’en détecter les anticorps grâce à une seule goutte de sang prélevée du bout du doigt. Il faut savoir qu’en moyenne le quart des personnes avec cette maladie mortelle ignorent qu’elles en sont porteuses (Agence de la santé publique du Canada, 2022).
Compte tenu de la simplicité du protocole, le dépistage rapide pourrait être aisément pris en charge par les intervenants du réseau communautaire dûment formés, qui travaillent déjà en prévention des ITSS et détiennent une expertise reconnue et une proximité avec les individus plus à risque. Cela représenterait un pas important pour offrir des soins de santé aux personnes atteintes et ainsi marquer un avancement dans la lutte au VHC.
La collaboration des organismes permettrait aussi de désengorger le réseau public et d’offrir une première porte d’entrée vers un service de santé déjà très sollicité. En fait, le plus grand obstacle pour la population concernée se résume à l'accès aux corridors de soins. Et là encore l'accompagnement communautaire fait des miracles.
Le milieu communautaire représente un allié naturel pour la lutte contre le VHC, tout comme il l’a été pour le VIH ou la COVID-19. Sa collaboration est même préconisée par l’OMS en vue d’améliorer l’accès aux traitements. Mais le gouvernement du Québec ferme la porte à cette possibilité, jugeant que les intervenants ne sont pas aptes à offrir des dépistages « sécuritaires ».
Ce refus est non seulement aberrant, mais très irresponsable dans un contexte de crise des opioïdes et d’augmentation de la population vivant dans la précarité, souvent plus exposée à cette épidémie. En fait, le VHC touche davantage des individus en situation d’itinérance consommateurs de substances par injection, des personnes autochtones, celles ayant un statut migratoire précaire et/ou provenant de pays endémiques au VHC, ou encore en détention. Le filet communautaire détient naturellement les connaissances, les compétences, la proximité et la vocation pour venir en aide à ces populations vulnérables, et il le fait déjà ! Pourquoi le Québec ne voudrait-il pas modifier les capacités du dépistage du VHC, en accordant le soutien financier nécessaire pour l'enrayer une fois pour toutes.
Les personnes atteintes ne sont pas les plus vocales sur la place publique ni celles qui ont le plus grand poids dans la balance économique – au contraire, ce sont souvent les plus marginalisées de notre société. Mais le VHC reste une des maladies infectieuses les plus coûteuses au Canada, en raison des complications de santé lourdes qu’il peut causer s’il n’est pas pris en charge à temps. Il est impossible d’envisager de l’éliminer sans prendre en compte les conséquences de la précarité sociale.
L’épidémie d’hépatite C est un enjeu prioritaire de santé publique, mais elle est aujourd’hui totalement guérissable et évitable si on mobilise les acteurs sur le terrain dans une action concertée. En cette Journée québécoise de la lutte contre l’hépatite C, nous renouvelons notre appel au gouvernement du Québec pour qu’il fasse preuve de gros bon sens en mettant en place une stratégie nationale, et en permettant au communautaire de jouer son rôle de premier plan dans le soutien à cette lutte importante.
