Un vieux rêve, mais pas un rêve vieux
L’auteur lance l’idée d’un Prix d’Or de la littérature, qui serait attribué par les personnes âgées.
Le premier roman que j’ai écrit s’intitule L’ami de Chien Sal. En quatrième de couverture, j’avais imaginé cette phrase, tirée du texte : « Il avait fait de moi un ami, une chose rare et que je savais précieuse, car à ma connaissance, il n’en avait pas d’autre. » Il y a quatre ans, mon roman a trouvé un petit éditeur. Puis, juste avant que la première de couverture ne soit travaillée en vue de sa publication, la maison d’édition a cessé ses activités. Finalement, mon premier roman n’a jamais été publié.
Et de quoi parlait-elle, cette histoire ? Elle relatait, en bref, les rencontres entre le narrateur et deux personnes âgées. Le narrateur devenait vieux, lui aussi ; n’est-ce pas inéluctable, ce qui nous attend tous ? Par la suite, j’ai bien essayé de relancer quelques autres maisons d’édition, mais l’histoire n’a pas fait mouche. Je me doute bien qu’il ne s’agit pas d’un grand texte. Que si c’était le cas, il aurait fini par trouver un toit pour être édité. Cela dit, il y a l’ombre d’un autre doute qui persiste et qui me tracasse, une ombre qui tracerait un portrait un peu plus sombre de la difficulté de faire éditer untel texte : cette ombre, c’est celle qui empêche la lumière d’éclairer un segment important de la littérature, soit celle qui s’intéresse et met en lumière, justement, les aînés.
Les libraires ont le leur, les collégiens ont le leur, les prisonniers en ont un aussi : je parle des prix littéraires, bien entendu. Comment se fait-il, toutefois, qu’il n’en existe pas un qui soit attribué par les personnes âgées ?
Aujourd’hui, le 23 avril, c’est la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Or, peu de personnes ont autant de temps à consacrer à la lecture que les aînés. Ne serait-ce pas le temps que cette tranche importante de la population fasse valoir ses préférences et qu’elle partage l’appréciation qu’elle se fait de la littérature ? Je ne prétends pas que, pour plaire aux lecteurs et lectrices de l’âge d’or, un roman doive nécessairement mettre de l’avant des personnages âgés – mais tant mieux, s’il y en a. L’âge, après tout, n’est qu’un chiffre. Pour le reste, c’est quelque chose d’infiniment subjectif et d’aussi unique que ce qui se retrouve entre les oreilles de chaque individu. Néanmoins, je suis d’avis qu’en matière de littérature, on ne les entend pas assez. À nous, donc, d’ajuster nos appareils.
Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale du livre, disais-je. Dans près de six mois, ce sera la Journée internationale des personnes âgées. Et si, le premier octobre prochain, ils se faisaient entendre ? Et si nous les écoutions ? Et s’ils remettaient à la communauté littéraire un prix, nous faisant ainsi part de ce qui les touche, les chavire, les remous, les émerveille ? Et s’ils remettaient, à cette occasion, le premier Prix d’Or de la littérature ? Je lance l’idée.
À vous, maintenant, de l’attraper.
Et je ne demande rien en retour, sauf, bien sûr, que vous votiez pour que mon roman obtienne le Prix d’Or, advenant qu’une maison d’édition se décide à lui faire voir le jour...
Un recueil de poèmes, un essai et un roman mettant en lumière et/ou écrit par des aînés
Un visage appuyé contre le monde, Hélène Dorion, poésie, Gallimard, 2025
S’émerveiller. Un acte de résistance, Gérald Gaudet, essai, Nota Bene, 2026.
Les grues volent vers le sud, Lisa Ridzén, roman, La Peuplade, 2026 (à paraître)
