La crise environnementale est aussi une crise du développement humain
Les tout-petits sont particulièrement vulnérables à la dégradation des écosystèmes, écrivent les auteures, selon lesquelles il faut penser ensemble la lutte contre les changements climatiques et l’atteinte du plein potentiel de chaque enfant.
À l’occasion du Jour de la Terre, il convient de rappeler que l’avenir de la planète est d’abord celui de nos enfants – et que le rapport qu’ils entretiendront avec elle se façonne dès leurs premières années de vie.
C’est dès la petite enfance que peut se construire le lien avec la nature, l’empathie envers le vivant et l’éveil aux écosystèmes qui nous entourent. Mais c’est aussi au cours de cette période que les enfants sont les plus vulnérables à la dégradation de ces mêmes écosystèmes, notamment sur les plans biologique et neurodéveloppemental1.
En effet, les tout-petits respirent plus d’air, boivent plus d’eau et consomment plus de nourriture par rapport à leur taille. Ils sont donc proportionnellement plus exposés aux contaminants environnementaux, alors même que leurs poumons, leur cerveau et leur système immunitaire2 sont encore en pleine construction.
Pour eux, une vague de chaleur n’est pas qu’un simple désagrément. C’est un risque accru de déshydratation et de stress thermique, alors même que leur capacité à réguler leur température est encore sous-développée3. De même, une mauvaise qualité de l’air n’est pas qu’un inconfort passager, mais une atteinte potentiellement permanente à leur système respiratoire en développement.
Les changements climatiques ne sont donc pas qu’une crise environnementale : c’est aussi une crise du développement humain, dès la grossesse. L’intensification annoncée des risques climatiques rend ce constat d’autant plus préoccupant.
Les inégalités au cœur du problème
Au Québec, les pertes et dommages liés aux risques climatiques augmentent de manière exponentielle, et ce sont déjà les populations les plus vulnérables qui en subissent les conséquences les plus lourdes.
Les tout-petits vivant dans des contextes socio-économiques précaires n’y échappent pas. Leur famille a généralement peu de moyens pour faire face aux conséquences environnementales. Ils vivent plus souvent dans des logements mal ventilés, proches de sources de pollution, au cœur d’îlots de chaleur et ont un accès plus limité aux espaces verts.
Équité, santé et prospérité
Placer les tout-petits au centre de nos priorités collectives permet de repenser nos politiques publiques de manière cohérente, en liant la santé des populations, la lutte contre les changements climatiques et l’atteinte du plein potentiel de chaque enfant.
Autrement dit, la prospérité du Québec passe nécessairement par le bien-être des enfants d’aujourd’hui et de demain, ce qui n’est envisageable qu’en protégeant durablement l’environnement, pour une planète en santé.
Pour ce faire, les politiques d’adaptation aux changements climatiques doivent intégrer les besoins des tout-petits. Cela implique notamment d’adapter leurs milieux de vie – services éducatifs, aménagements urbains – et d’agir sur les déterminants de la santé qui influencent leur vulnérabilité, tels que le logement, le revenu, la qualité de l’air et l’accès à la nature.
Parallèlement, les politiques et stratégies consacrées au mieux-être des enfants doivent être résolument arrimées à la lutte contre les changements climatiques ; ne pas le faire, c’est aborder le développement des tout-petits en faisant abstraction d’un facteur qui conditionne à présent tous les autres.
Et ne pas le faire rapidement revient à nier notre responsabilité collective envers eux.
Cosignataires : Faiz Ahmad Khan, médecin, McGill University, Béatrice Alain, directrice générale, Chantier de l’économie sociale, Rislaine Benkelfat, pédiatre et cofondatrice, DocTocToc, Julie Cailliau, directrice, Observatoire des tout-petits, Lyndia Dernis, médecin anesthésiste, Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), Paul Germain, maire de Prévost et président du Caucus écologiste municipal, Prévost/Caucus écologiste municipal, Nathalie Guay, directrice générale, Observatoire québécois des inégalités, Catherine Haeck, professeure et directrice scientifique, Groupe de recherche sur le capital humain, ESG UQAM, Valérie Mallamo, directrice générale, Jour de la Terre Canada, Mélissa Mollen-Dupuis, animatrice, auteure et militante Innu, Linda Ofiara, médecin, McGill University, David Paradis, codirecteur général, Vivre en ville, Stéphanie Pelletier, directrice générale, Mères au front, Karine Peloffy, présidente, Partenaires du Lac Tamaracouta et ses environs, Serge Petitclerc, porte-parole, Collectif pour un Québec sans pauvreté, Rébecca Pétrin, directrice générale, Eau Secours, Claudel Pétrin-Desrosiers, médecin de famille et présidente, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), Daniel Rotman, directeur général, Équiterre, Laure Waridel, écosociologue et co-instigatrice, Mères au front, Zofia Zysman-Colman, médecin, Hôpital de Montréal pour enfants.
