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Qui veut vivre dans un logement abordable ?

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31.03.2026

Quand Vivre en Ville parle de la crise de l’habitation à un public d’élus et de professionnels, on commence souvent par cette question. Qui veut vivre dans un logement abordable ? Chaque fois, quelques personnes lèvent timidement la main : peut-être quelqu’un en début de carrière, ou quelqu’un qui se reconnaît dans le modèle coopératif. La majorité reste silencieuse.

Puis, nous offrons une clarification : s’il existe une sous-catégorie de logements qui s’appelle « le logement abordable », tout ce qui se trouve à l’extérieur de cette catégorie est, par définition, « le logement inabordable ». Après avoir établi quelles sont les options, nous reposons la question : qui, ici, aimerait habiter dans un logement abordable ?

Et la deuxième fois, tout le monde lève la main.

L’abordabilité comme de l’eau potable

Ce n’est pas pour le plaisir des prouesses rhétoriques que ces questions sont posées, mais bien parce qu’elles révèlent un constat fondamental sur les besoins en habitation du Québec. Comme personne ne veut payer cher pour se loger, le besoin en logements abordables est infini. Tout ménage y aspire, dans la même mesure que quiconque qui souhaite manger à sa faim, soigner ses maux et boire de l’eau potable.

Ce n’est pas, en temps normal, une source de grand scandale : quand une famille achève de payer son prêt hypothécaire et voit ses dépenses mensuelles diminuer, on se réjouit pour elle.

Quand un ami obtient un nouvel emploi plus payant et trouve les moyens de se gâter après avoir payé son loyer, c’est une bonne nouvelle. Au cours des dernières années, on a fait des pieds et des mains pour tenter de rendre les ménages québécois plus riches en comprenant bien que, pour pratiquement tout le monde, avoir plus de revenus que de dépenses est une bonne chose.

La soif de cohérence en habitation

Il y a donc une incohérence exceptionnelle qui saute aux yeux à la lecture du projet de loi 20 qui prétend faciliter l’accès au logement abordable. Au-delà des articles justifiables qui cherchent à rendre la recherche d’un logement subventionné plus facile pour tout le monde, on y voit une volonté de rationner l’abordabilité pour la distribuer à la pièce aux « bonnes personnes ». Ce faisant, le gouvernement revient à inviter le clivage « logement abordable/inabordable » dans ses propres politiques.

Comme trop souvent, ce projet de loi semble se concentrer sur « l’optimisation » de modestes programmes de soutien au logement social, pour loger les personnes les moins nanties.

Cette obsession pour la légitimité des gens à recevoir une aide trahit une incompréhension des besoins en habitation et des marchés immobiliers.

Si la population québécoise est si préoccupée par la situation en logement, ce n’est pas parce que l’entièreté de la population est pauvre, mais bien parce que c’est une dépense obligée qui connaît une croissance fulgurante et qui menace les plans de chaque famille qui essaie d’assurer son avenir. C’est à ce besoin fondamental que le gouvernement est appelé à répondre.

S’il s’entête à consigner le logement abordable à un sous-parc dans lequel on consent à loger temporairement les gens, tant qu’ils ne sont pas trop riches pour avoir le droit d’améliorer leur sort, le gouvernement créera de toutes pièces une crise pour chaque ménage qui sera placé entre l’arbre et l’écorce, essentiellement en l’invitant à rester pauvre… et négligera chaque ménage qui voit son revenu disponible fondre pendant que le coût de l’habitation plombe un peu plus chaque jour la liberté et la dignité des ménages.

Rappelons-nous que la crise de l’habitation était absente du discours d’ouverture du premier ministre à l’automne 2025. Le gouvernement ne manque pourtant pas d’occasions de répondre présent à l’appel : sa propre Stratégie en habitation consigne quelques bonnes idées, mais qui tardent à être mises en œuvre. Déployer la modélisation numérique pour accroître la productivité, par exemple.

La révision des schémas d’aménagement, actuellement demandée par le gouvernement à l’ensemble des régions (MRC), constitue également une occasion en or de planifier le développement d’une offre qui répondra aux divers besoins en habitation, à la condition qu’on se donne collectivement les moyens de réussir cette démarche historique de planification.

Pensons aussi à la réforme des mécanismes de participation publique en urbanisme et d’approbation référendaire des projets immobiliers, qui avait été promise pour ce printemps, et qui n’ira visiblement pas de l’avant. Et il y a également les normes de conception des bâtiments, qui entraînent des coûts de construction beaucoup trop élevés.

Retirons donc nos œillères et acceptons de regarder le problème dans son ensemble : il affecte toutes les générations, en particulier la plus jeune, la classe moyenne et de très nombreuses personnes aînées.

Qui veut d’un logement abordable ? Qui n’en veut pas ?


© La Presse