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« On est un peu les sacrifiés de la Data City ! » : à Marseille, les data centers colonisent les quartiers populaires

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09.08.2025

Les fermes de serveurs se multiplient dans la deuxième plus grosse ville de France, au point d’inquiéter les élus locaux et les riverains, qui craignent des conflits d’usage autour de l’électricité.

En dépit d’une rumeur tenace, aucune sardine n’est jamais parvenue à boucher le port de Marseille. Mais un bateau de croisière y arrivera peut-être un jour. Une chose est sûre, lorsque l’un de ces monstres flottants s’amarre à 200 mètres de chez Mireille, habitante d’une maison juchée sur l’Estaque, dans les quartiers Nord de la ville, il lui bouche la vue et lui gâche la vie. La nuit, le navire illuminé brille comme un village en fête. Et le reste du temps, c’est un vacarme invivable, doublé d’une pollution dont elle aimerait bien connaître les conséquences sanitaires. Si les bateaux stationnent là, c’est que le port de l’Estaque héberge la « forme 10 », un chantier de réparation navale de 450 mètres de long.

« Quand ils refont la coque des navires, il y a des particules de peinture qui s’évaporent dans l’air et rendent l’atmosphère irrespirable, raconte-t-elle. Et puis il y a les nuisances sonores : les moteurs des bateaux qui tournent en permanence, sans compter le bruit du ponçage en pleine nuit. » L’ancienne éducatrice spécialisée explique qu’une nuit le bruit avait atteint un tel niveau sonore qu’elle s’est ruée sur le balcon et s’est esquinté la main en tombant, persuadée qu’un cambrioleur fracturait ses fenêtres.

Pour réduire le bruit et la pollution il y aurait bien une solution : l’électrification des bateaux à quai, au moyen de grandes prises délivrant jusqu’à 2 mégawatts d’électricité, qui permettraient aux bateaux de couper leurs moteurs quand ils stationnent. Aujourd’hui, ces derniers tournent à plein régime pour générer l’énergie nécessaire à bord, libérant CO2, soufre, azote et autres particules fines, qui empoisonnent les habitants. « Ils ont déjà électrifié les quais situés vers le centre de la ville, assure-t-elle. Mais les quartiers populaires ne sont pas leur priorité. Et puis, il y a les data centers : ils préfèrent leur donner la priorité. »

Nous y voilà. C’est la grande frousse de certains riverains : que les data centers (ou centres de données), ces fermes de serveurs géantes dans lesquelles les boîtes du numérique stockent des milliards de données, accaparent l’électricité disponible. Patrick Robert, coprésident du comité d’intérêt de quartier (CIQ) du 16e arrondissement, en a fait l’un de ses combats. « L’électrification des quais a déjà commencé mais cela prend du temps et, surtout, cela demande de la puissance électrique, assure-t-il. Or, cette puissance commence à manquer à Marseille, à cause, entre autres, des data centers. On est un peu les sacrifiés de la Data City ! »

Marseille nouvelle capitale de la donnée ? Le terme est moins ronflant qu’il n’y paraît. Depuis une........

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