« Dans certains secteurs, le protectionnisme est indispensable » estime l’économiste David Cayla
L’économiste hétérodoxe David Cayla dessine les contours d’un protectionnisme vertueux, qui n’aurait pas grand-chose à voir avec la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump.
Le protectionnisme peut-il être de gauche ?
Le protectionnisme est une politique commerciale et peut donc, à ce titre, être « de gauche ou de droite », mais je n’aime pas trop ces termes. Pour moi, la question est surtout de savoir quelle foi on accorde au marché. Disons pour résumer qu’il existe trois systèmes commerciaux différents. Le libre-échange, qui repose par définition sur une absence de régulation et la disparition des frontières commerciales. Le protectionnisme, qui vise à réguler les échanges, soit en taxant, soit en contingentant (c’est-à-dire en limitant les volumes de ce qui entre et sort). Et enfin, l’autarcie, dont l’objectif est de se couper le plus possible du monde extérieur en devenant autosuffisant. C’est ce que promouvait par exemple l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste, mais cela s’accompagnait d’une politique de conquête territoriale. En pratique, aucune société n’a jamais vraiment été autosuffisante : même quand on examine le contenu des tombes des sociétés paléolithiques, on voit des objets qui parcouraient des centaines de kilomètres !
À quoi sert une politique protectionniste ?
Dans sa version mercantiliste, elle peut avoir pour but d’améliorer sa balance commerciale ou d’augmenter ses exportations. C’est une stratégie qui a été utilisée par la Corée du Sud ou le Japon, aujourd’hui par la Chine, et qui vise à soutenir les exportations à coups de subventions publiques. On peut aussi choisir de mener des politiques protectionnistes sectorielles. Le secteur qui en a le plus bénéficié depuis des années, c’est l’agriculture. En Suisse, par exemple, on fait ce choix car les coûts salariaux y sont tellement élevés que, sans protection, la paysannerie disparaîtrait.
Plus généralement, la Politique agricole commune (PAC) européenne reposait jusque dans les années 1990 sur une logique de prix garantis, selon laquelle les revenus des agriculteurs ne dépendaient pas des fluctuations........
© L'Humanité
