« On nous fait comprendre que nos patients coûtent cher » : à Saint-Denis, l’hôpital de jour psychiatrique de la Villa Suresnes est menacé
D’ici quelques mois, l’hôpital de jour psychiatrique installé depuis vingt-cinq ans dans une maison de Saint-Denis devra laisser place à une unité dédiée aux jeunes. Un crève-cœur pour l’équipe comme pour les personnes psychotiques qui bénéficient ici de soins axés sur la psychothérapie institutionnelle et la médiation culturelle.
À la Villa Suresnes, le Scrabble est devenu une institution. Dans cet hôpital de jour (HDJ) psychiatrique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), s’emparer des mots pour sortir de soi fait partie de la thérapie. Dans le documentaire de Nicolas Philibert, Sur l’Adamant, le cadre de soins se nichait au creux d’un bateau. Ici, nous sommes dans une grande bâtisse d’un quartier pavillonnaire, où sont accueillies 15 personnes psychotiques. Ce matin de décembre, derrière le portail ouvert, certains fument leur cigarette en discutant. D’autres, casques sur les oreilles, n’ont pas envie d’être dérangés. À peine franchi le pas de la porte, à 9 h 30, les « Bonjour ! » fusent.
Les manteaux sont vite accrochés, avant le partage d’un café avec les soignants. Autour de la table de la cuisine, chacun peut déposer son humeur. Ceux qui ont parfois un passif médico-judiciaire et ont vécu l’enfermement le répètent à l’envi : ils se sentent ici « comme à la maison. »
Quand Silman reprend pour la troisième fois une tasse du breuvage fumant, Ralia, infirmière au sein de la structure depuis quatorze ans, s’en étonne : « Encore ? Monsieur S. » Mais non, le quadragénaire a juste opté pour du décaféiné. Celui qui vient depuis 2005 ne tarit pas d’éloges : « Nous sommes entre de bonnes mains. Je joue au Rummikub, au Triomino, mais j’adore aussi la mosaïque, s’enthousiasme-t-il. Nous faisons des sorties au marché de noël, au cinéma, tout cela m’enrichit. »
Seule une banderole « Non à la fermeture » au-dessus de la pièce rappelle que cet endroit, dédié depuis vingt-cinq ans à la psychothérapie institutionnelle, est en sursis. D’ici quelques mois, le site, rattaché à l’établissement public de santé (EPS) de Ville-Évrard, devrait laisser place à une unité d’accueil Gaja (grands ados-jeunes adultes).
« On nous fait comprendre que nos patients coûtent cher, que notre activité n’est pas rentable, soupire le psychiatre responsable de l’unité fonctionnelle, Laurent Barbrel. Nous n’administrons pas, à de rares exceptions, les traitements. Via la question du jeu et la remobilisation des capacités créatives, nous faisons entrer le fait d’être en groupe. C’est notamment bénéfique pour ceux qui se sentent persécutés dans un rapport de face-à-face. Nous les soignons grâce à la médiation culturelle, mais on m’a déjà dit que je faisais de la psychiatrie d’il y a cent cinquante ans ! »
Plutôt qu’une fermeture, la cheffe du pôle dont dépend la Villa Suresnes, Marie-Christine Beaucousin, contactée par « l’Humanité », préfère évoquer « une........© L'Humanité
