Pour accéder aux grandes écoles, un nom à particule fait encore la différence
Plus de deux siècles après la fin des privilèges, les descendants de familles nobles restent très nettement surreprésentés au sein des établissements d’élite de l’enseignement supérieur.
237 ans après son abolition en 1789, l’Ancien Régime n’a pas dit son dernier mot. Bien qu’elle soit devenue purement honorifique, l’appartenance à la noblesse ou à sa lointaine descendance continue de faire de petites différences, comme une rémanence de la société d’ordres pourtant révolue.
En 2019, le sociologue Baptiste Coulmont avait montré que les personnes portant un nom à particule (la « noblesse d’apparence »), bien que ne formant pas une catégorie sociale mobilisée, constituaient un agrégat aux…
237 ans après son abolition en 1789, l’Ancien Régime n’a pas dit son dernier mot. Bien qu’elle soit devenue purement honorifique, l’appartenance à la noblesse ou à sa lointaine descendance continue de faire de petites différences, comme une rémanence de la société d’ordres pourtant révolue.
En 2019, le sociologue Baptiste Coulmont avait montré que les personnes portant un nom à particule (la « noblesse d’apparence »), bien que ne formant pas une catégorie sociale mobilisée, constituaient un agrégat aux caractéristiques singulières. Surreprésentées aux sommets de la hiérarchie sociale – notamment parmi les évêques, les ambassadeurs ou parlementaires –, elles continuent de squatter les beaux quartiers, de faire un usage stratégique de prénoms distinctifs.
L’économiste Stéphane Benveniste a récemment mis au jour, dans la revue Economie et statistique publiée par l’Insee1, une autre forme de privilège invisible : l’accès aux grandes écoles. Grâce à la constitution d’une base de données inédite, le chercheur a pu calculer sur le long terme, entre 1911 et 2015, le taux d’accès des personnes d’ascendance noble à dix (très) grandes écoles2 comparé à celui de l’ensemble de la population.
Cette ascendance noble est mesurée de deux façons : soit par la simple présence d’une particule dans le patronyme soit, de façon plus restrictive, par l’appartenance à la liste de noms de famille enregistrés auprès de l’Association d’entraide de la noblesse française (ANF). Une organisation, précise Stéphane Benveniste, « dédiée à la certification des lignées nobles et au développement des réseaux........
