menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Du global au local, l’impact écologique colossal du tourisme

15 0
latest

Quand l’universitaire français André Siegfried qualifiait en 1955 le tourisme de « fils de la vitesse et de la démocratie », le trafic aérien global s’élevait à environ 50 millions de passagers, soit à peine 2 % de la population mondiale. Soixante-dix ans plus tard, il atteint près de 5 milliards de passagers, pour 8 milliards de Terriens. Né au XVIIIe siècle sous une forme très élitiste, le tourisme s’est en effet démocratisé à mesure qu’une frange croissante de l’humanité a disposé de temps et d’argent pour voyager, ainsi que de transports plus rapides.

Phénomène global, le tourisme engendre désormais des dégâts globaux. Il est d’abord à l’origine d’une part croissante du réchauffement climatique. Une étude de référence de 2024 mesuré que les émissions mondiales du secteur sont passées de 3,7 milliards de tonnes équivalent CO2 (GtCO2e) en 2009 (7,3 % des émissions globales) à 5,2 Gt en 2019 (8,8 % des émissions globales). Une hausse de 3,5 % par an, alors que la croissance du reste de l’économie ne s’élève qu’à 1,5 % par an.

« Drivers of global tourism carbon emissions », par Ya-Yen Sun, Futu Faturay, Manfred Lenzen, Stefan Gössling et James Higham, Nature Communications n° 15, 2024.

« Drivers of global tourism carbon emissions », par Ya-Yen Sun, Futu Faturay, Manfred Lenzen, Stefan Gössling et James Higham, Nature Communications n° 15, 2024.

L’avion, nerf de la guerre

Les trois quarts de ces émissions sont liées aux touristes provenant d’une vingtaine de pays peuplés ou développés, dont 39 % des Etats-Unis, de Chine et d’Inde, note l’étude. Mais ce prisme géographique doit être complété par une analyse sectorielle, car plus de la moitié des émissions mondiales du tourisme proviennent du transport et, au sein de cet ensemble, une grosse moitié est imputable à l’avion et une petite moitié au transport routier. Le reste se répartit entre les biens et services, notamment l’hôtellerie.

Si la crise du Covid a entraîné une chute des émissions du tourisme de 3 GtCO2e en 2020 – soit deux tiers de la baisse totale des émissions mondiales –, les auteurs de l’étude estiment que la reprise fulgurante du secteur devrait gonfler son bilan carbone à des niveaux records. Les données récentes leur donnent raison : les émissions des vols au départ de l’Europe ont par exemple déjà dépassé en 2025 leur niveau de 2019, selon l’ONG Transport & Environment.

A son rythme de croissance actuel, le tourisme mondial pourrait presque à lui seul faire sortir l’humanité des clous climatiques. Une étude de 2023 a ainsi comparé trois scénarios : le premier, « business as usual », dans lequel les émissions du secteur auraient doublé en 2050. Elles auraient alors consommé d’ici là 22,5 % du budget carbone permettant de maintenir le réchauffement sous 2 °C, et 40 % du budget carbone permettant de rester sous 1,5 °C. 

Les autres scénarios aboutissent à la neutralité carbone du secteur en 2050, avec deux hypothèses radicalement opposées. D’une part, le « scénario ambitieux » du World Travel & Tourism Council (WTTC) – qui réunit les acteurs de l’industrie touristique – dont la crédibilité est........

© Alternatives Économiques