Taxer les superprofits pétroliers est indispensable, et c’est possible
Comme en 2022-2023, les multinationales pétrolières et gazières devraient dégager aujourd’hui des bénéfices faramineux. Mais comment mieux les taxer cette fois-ci ?
Lors d’une crise énergétique, comme celle d’aujourd’hui avec un baril de pétrole à plus de 100 dollars, les regards sont d’abord fixés sur les prix et leur impact. Mais à mesure que la crise dure et que leurs factures s’alourdissent, les consommateurs pourraient tourner leur regard vers un autre chiffre : les profits des compagnies pétrolières et gazières. Quand les premiers tirent la langue, les autres touchent le gros lot…
Lors d’une crise énergétique, comme celle d’aujourd’hui avec un baril de pétrole à plus de 100 dollars, les regards sont d’abord fixés sur les prix et leur impact. Mais à mesure que la crise dure et que leurs factures s’alourdissent, les consommateurs pourraient tourner leur regard vers un autre chiffre : les profits des compagnies pétrolières et gazières. Quand les premiers tirent la langue, les autres touchent le gros lot.
C’est un effet quasi mécanique. Les prix de vente hors taxes du carburant à la pompe sont indexés sur l’évolution des cours du pétrole brut, qui en est la matière constitutive. Et logiquement, quand un quart de l’offre mondiale de brut est bloquée, comme c’est le cas aujourd’hui, la demande devient supérieure à l’offre, ce qui fait augmenter les prix pour le consommateur.
En France, entre le 28 février et mi-avril, le prix de vente hors taxes avait ainsi bondi de plus de 50 % pour le diesel et de près de 30 % pour l’essence. En revanche, ce n’est pas parce que les cours de l’or noir s’envolent que les coûts de production des compagnies pétrolières, eux, évoluent, du moins à court terme. L’extraction d’un baril de brut en avril ne coûte pas plus cher qu’en janvier. Idem pour les opérations de raffinage. Et, forcément, quand le prix de vente explose mais pas les coûts, le bénéfice du producteur grimpe en flèche.
« Lors d’un choc énergétique, les prix du pétrole et du gaz peuvent monter beaucoup plus vite que les coûts de production à court terme. C’est ce type d’écart entre hausse des prix et inertie des coûts qui explique ce qu’on appelle les profits d’aubaine », résume Valérie Mignon, économiste à l’université Paris Nanterre.
La crise énergétique de 2022-2023 en avait donné un exemple flagrant. En 2022, les profits des cinq plus grandes majors pétrolières privées avaient triplé par rapport à la moyenne de leurs résultats des années d’avant-crise (2016-2019). En 2023, ils en représentaient encore plus du double.
Et pour cette année ? Cela va dépendre évidemment de la durée de la crise. Mais la perspective d’une fin rapide du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran s’éloigne et les infrastructures énergétiques endommagées ne pourront pas être rebâties du jour au lendemain. Une bonne partie de l’année 2026 devrait donc être marquée par des prix d’hydrocarbures élevés.
John Maynard Keynes, l'économiste le plus important du XXe siècle
L’ONG Transport & environnement estime ainsi que les seuls raffineurs et distributeurs européens pourraient engranger 37 milliards de dollars de superprofits sur l’année. Et qu’ils avaient déjà encaissé mi-avril 4,5 milliards. Un calcul qui se base uniquement sur les ventes de carburants routiers sur le continent et n’intègre pas les autres nombreux usages du pétrole et du gaz, dans l’industrie et pour le chauffage domestique notamment.
Localisation des bénéfices
Cette situation a relancé en Europe le débat sur la taxation des superprofits des majors pétrolières. Des gouvernements ont appelé à les imposer.
C’était le cas début avril en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Italie et au Portugal. Mais quel pourrait être le rendement d’une telle taxe ? Cette question en amène une autre, celle de la localisation des profits : sont-ils réalisés – donc prélevables – sur le territoire national ?
« La chaîne de valeur pétrolière se décompose entre les activités amont que........
