Rémi Knafou : « Dans le système touristique mondialisé, la marge de manœuvre se trouve au niveau local »
Pendant la crise du Covid, on avait rêvé d’un monde meilleur, dans lequel le tourisme serait transformé, devenu plus local et respectueux de l’environnement. Le réveil a été brutal. Dès 2024, le trafic aérien a battu le record de 2019, transportant 4,89 milliards de passagers-kilomètres (l’indice de référence) vers autant de cieux tropicaux, glacés ou tempérés.
Rémy Knafou, géographe et professeur émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, n’a pas cru à ces lendemains qui chantent. Dans son dernier ouvrage, Hypertourisme. Le tourisme à l’épreuve de sa démesure, (Editions du Faubourg, 2026), il retrace les mutations récentes du tourisme et esquisse des propositions de transformation du modèle actuel.
Dans votre dernier livre, vous utilisez le concept d’« hypertourisme ». Que recoupe-t-il et pourquoi l’utilisez-vous ?
R.K. : C’est le produit d’une réflexion engagée en 2019. Je me suis demandé si cette progression du nombre de touristes dans le monde – moyennant des arrêts liés à des crises – était une amplification du phénomène ou un changement de nature.
Au terme de cette recherche, je pense que nous sommes face à un changement de nature dans la mesure où le système touristique mondialisé, c’est-à-dire la version touristique du fonctionnement capitaliste de l’économie qui met en concurrence tous les acteurs à l’échelle planétaire, a passé un cap avec une série d’innovations. On peut citer le succès récent des entreprises du capitalisme de plateforme, qui ont révolutionné le fonctionnement du tourisme planétaire. Booking, première plateforme de réservation d’hébergement, a été lancée en 1995 mais elle a changé d’échelle après son rachat en 2005 par Priceline. Sa concurrente, Airbnb, est fondée en 2008. L’entreprise leader en visites touristiques, GetYourGuide, voit le jour l’année suivante.
L’hypertourisme n’est plus un secteur d’activité parmi d’autres mais devient la logique organisatrice de nombreux territoires, à qui il impose ses impératifs. Par définition, il ne prend pas en compte ses impacts sur l’environnement ou les sociétés.
Comment expliquer la progression exponentielle du tourisme ? Et qui sont les touristes aujourd’hui ?
R. K. : Plusieurs explications se cumulent : l’augmentation de la population mondiale, l’élévation du niveau de vie dans les pays les plus peuplés et la généralisation des offres d’hyperconsommation.
Quant aux grandes masses touristiques, la difficulté est le manque de données : l’OIT ne collecte que les arrivées internationales – nous manquons donc de chiffres sur le tourisme national, qui charrie pourtant le plus gros volume de déplacements. Les plus gros effectifs de touristes nationaux sont en Chine, en Inde et aux États-Unis, suivis par l’Indonésie, le Brésil et le Japon ; viennent ensuite les pays de l’Europe de l’Ouest.
Pour ce qui est des touristes internationaux, là encore, la Chine est le premier émetteur mondial, avec autour de 155 millions de voyageurs.“ Les flux Nord-Nord restent cependant les plus importants dans le tourisme international aujourd’hui. Mais les flux Sud-Nord et les flux Sud-Sud sont en train de se développer.
Le tourisme dit “alternatif” s’est défini et construit contre le tourisme de masse – l’expression politiquement correcte pour parler du tourisme populaire
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