En Allemagne, la coalition gouvernementale tente de sauver la croissance au détriment des travailleurs
Friedrich Merz est soulagé. Après plus d’un an à la tête de l’Allemagne, le chancelier peut enfin brandir son plan de réformes économiques et sociales. Sa coalition dite « noire-rouge », en référence aux couleurs des partis qui la composent – le noir pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU, droite) et le rouge pour le parti social-démocrate (SPD) – a en effet réussi à se mettre d’accord sur un projet, présenté le 2 juillet.
Le programme de la coalition « pour la relance économique et l’emploi », qui doit être adopté au Parlement cet automne, se double d’un projet de réforme des retraites issu d’une commission d’experts (la Rentenkomission) dont Merz a affirmé son intention de reprendre toutes les mesures.
Dans un contexte d’obsession européenne pour la compétitivité, cet ensemble de mesures vise à stimuler l’activité économique en réduisant les normes pour les entreprises et en rognant sur le modèle social.
« C’est un énième plan d’économies budgétaires de facture néolibérale qui a pour finalité la défense de la capacité concurrentielle de l’économie allemande. Dans les débats outre-rhin, ce sujet est souvent réduit à la question du coût du travail », résume Arnaud Lechevalier, maître de conférences à l’Université Paris 1 et spécialiste de l’Allemagne.
« C’est un énième plan d’économies budgétaires de facture néolibérale qui a pour finalité la défense de la capacité concurrentielle de l’économie allemande. Dans les débats outre-rhin, ce sujet est souvent réduit à la question du coût du travail », résume Arnaud Lechevalier, maître de conférences à l’Université Paris 1 et spécialiste de l’Allemagne.
Avant d’entrer dans le détail des mesures proposées, rappelons que l’Allemagne traverse depuis quelques années une crise économique structurelle. La croissance allemande, qui devrait atteindre péniblement 0,6 % en 2026, est en effet à l’arrêt depuis 2020 après une décennie de taux supérieurs à la moyenne de la zone euro. Pour cause : son moteur historique, à savoir les exportations, fait face à une série de chocs.
Berlin a été frappé durement par la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine qui a entraîné une flambée des prix, notamment de celui du gaz russe, sur lequel le pays comptait depuis des années pour s’approvisionner en énergie bon marché.
La puissance exportatrice allemande est également mise à mal par la montée en puissance de la Chine qui la concurrence dans de nombreux secteurs industriels – dont celui de l’automobile – et la multiplication des droits de douane et des mesures protectionnistes, de la part des Etats-Unis notamment.
Les exportations représentent toujours un peu plus de 40 % du produit intérieur brut (PIB) allemand, mais cette part a désormais tendance à stagner, alors qu’elle progressait rapidement jusqu’au milieu des années 2000.
Autre problème : la demande intérieure, qui a supplanté les exportations comme principal moteur de la croissance allemande depuis une décennie, mais qui demeure peu dynamique, et insuffisante pour compenser la contribution désormais négative des échanges extérieurs à la croissance.
« L’investissement privé et la consommation privée restent atones, constate Teresa Schildmann, chercheuse au sein de l’Institut allemand d’études économiques (DIW). Seuls la consommation et l’investissement public sont dynamiques, grâce à la réforme du frein à l’endettement adoptée en 2025 qui a permis la........
