L’intérêt douteux du Livret A pour financer le nucléaire
Le gouvernement veut mobiliser l’épargne des Français à hauteur de 50 milliards d’euros pour construire six EPR2. Cette mesure devrait peu impacter le financement de l’habitat social, mais elle soulève d’autres problèmes.
L’argent des Français placé sur leurs Livrets A va servir à financer la construction de six réacteurs nucléaires EPR2. Réuni le 12 mars, le dernier Conseil de politique nucléaire a précisé le niveau de cette contribution qui proviendrait du fonds d’épargne de la Caisse des dépôts : 60 % du montant total d’un chantier chiffré par EDF à 72,8 milliards d’euros de 2020 (environ 87 milliards d’euros d’aujourd’hui), devis que l’électricien s’est engagé à respecter.
Ce fonds d’épargne serait donc sollicité à hauteur de…
L’argent des Français placé sur leurs Livrets A va servir à financer la construction de six réacteurs nucléaires EPR2. Réuni le 12 mars, le dernier Conseil de politique nucléaire a précisé le niveau de cette contribution qui proviendrait du fonds d’épargne de la Caisse des dépôts : 60 % du montant total d’un chantier chiffré par EDF à 72,8 milliards d’euros de 2020 (environ 87 milliards d’euros d’aujourd’hui), devis que l’électricien s’est engagé à respecter.
Ce fonds d’épargne serait donc sollicité à hauteur de 51 milliards (en euros d’aujourd’hui). Au détriment de la construction des HLM (habitations à loyer modéré), principale mission de ce fonds de l’institution financière publique ?
Une ponction importante
L’épargne réglementée des Français déposée sur les Livrets A, les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS) et les Livrets d’épargne populaire (LEP) représentait fin 2025 un encours de respectivement 440, 160 et 80 milliards d’euros environ.
Sur ce volume, 40 % restent à la main des banques privées et 60 %, soit un peu plus de 400 milliards d’euros, sont gérés par la Caisse des dépôts. Une moitié est placée sur les marchés financiers et l’autre moitié va à des prêts de long terme d’intérêt général (logement social, etc.) via le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, dont l’encours s’élevait en 2024 à 219 milliards d’euros.
Mais il s’agit là de stocks. En termes de flux, le fonds d’épargne a signé en 2024 pour 28 milliards d’euros de prêts, dont 21 milliards pour le logement social et la politique de la ville, une année record. En 2023, 16 milliards de prêts avaient été signés au total.
En imaginant pour les six EPR des flux d’emprunt étalés sur une quinzaine d’années, 3 à 4 milliards par an, la ponction sur le fonds d’épargne serait donc importante. Sauf à mobiliser pour le nucléaire des dépôts placés aujourd’hui sur les marchés financiers, ce qui pourrait être l’option privilégiée.
John Maynard Keynes, l'économiste le plus important du XXe siècle
Le ministre de l’Economie a promis que le fonds d’épargne participera au nucléaire « tout en assurant sa mission prioritaire de financement du logement social »
Le ministre de l’Economie a promis que le fonds d’épargne participera au nucléaire « tout en assurant sa mission prioritaire de financement du logement social »
Le sujet principal reste celui de la légitimité d’une aide d’Etat de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Si l’enjeu est d’électrifier les usages et d’accroître l’offre d’électricité décarbonée pour sortir des fossiles, pourquoi attribuer cette aide à une unique entreprise – EDF – et à une technologie unique – le nucléaire –, et non l’ouvrir aux autres acteurs qui concourent à cet objectif, sans discrimination ?
Par ailleurs, faut-il imposer aux Français d’assumer le risque financier élevé d’un programme dont la rationalité économique est de plus en plus incertaine ?
Si les six EPR2 devaient se financer avec des emprunts intégralement négociés aux conditions du marché, comme c’est le cas pour les éoliennes et les panneaux solaires, le coût de production de leur électricité grimperait à des niveaux tels que cet investissement n’aurait pas d’intérêt par rapport à d’autres technologies décarbonées.
La décision est suspendue à l’avis de la Commission européenne, qui doit dire si les milliards d’euros que l’Etat français veut offrir à EDF constituent ou non une distorsion de concurrence.
