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Le prix !

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23.03.2026

Mes infortunées étudiantes et étudiants m'ont beaucoup trop souvent entendu crier ça.

C'est, la plupart du temps, la réponse à la question que je leur pose.

Réponse qu'ils et elles, en bons esprits français sophistiqués, ne me donnent presque jamais.

"Pourquoi la pollution ?"

"Pourquoi la baisse du niveau des élèves en France ?"

"Pourquoi l'invraisemblable succès de la Chine ?"

À chaque fois, la réponse est celle du prix d'une ressource. Pas dans l'absolu.

Mais PAR RAPPORT au prix d'autres ressources.

Ou PAR RAPPORT au prix de cette même ressource, mais sous d'autres cieux.

Pourquoi les pénuries de médicaments en France aujourd'hui ?

Parce qu'ils sont booocoup moins chers à produire en Inde qu'en Gaule.

Et parce que l'Inde peut les vendre plus chers à d'autres pays, comme l'Irlande, plus riches que nous.

Comment avons-nous accepté qu'une telle part du commerce mondial transite par le détroit d'Ormuz ?

Parce que c'était moins cher.

Les prix guident ma vie, votre vie, nos vies.

C'est le prix de l'immobilier qui décide où vous habitez.

C'est le prix des études qui décide avec qui vous aurez une relation amoureuse quand vous aurez 20 ans.

Les prix sont partout, tutélaires, gigantesques. Il y a mille exemples de leur pouvoir sur nos vies dans les manuels d'économie.

Les prix ne sont pas naturels, évidemment. Ils dépendent des normes sociales, des réglementations (évident dans le cas des drogues), du pouvoir de certaines entreprises, de la géographie, du hasard...

Mais, à un moment donné, dans un pays donné, ils sont ce qu'ils sont - 😬 -, et nous nous adaptons à eux.

Mais comme cela heurte profondément notre prétention d'hommes et de femmes libres, nous refusons de l'admettre.

C'est CELA le drame, et la force, de la mondialisation : pouvoir acheter plein de trucs moins chers, c'est avoir plus de temps libre, accéder à de vraies libertés, vivre de très réels bonheurs en plus.

Mes T-shirt Celio faits en Chine à 9€, c'est plus d'argent pour aller voir mes amis en Bretagne, et passer des moments merveilleux ensemble.

C'est donc très important.

Ce sont ces bonheurs que nous apportent indirectement les travailleuses et travailleurs booocoup moins bien payés que nous sur terre.

C'est ce confort qui nous a aveuglés face aux risques pourtant évidents de dépendance et de fragilité.

Ces risques ont été parfaitement identifiés par Emmanuel Macron lors de son magnifique allocution pendant le confinement, lorsqu'il avait expliqué qu'il était "fou" de confier notre santé, notre alimentation, notre sécurité, à "d'autres".

Mais il est infiniment difficile de renoncer au confort. C'est vraiment plus dur que ce que l'on croit. Plein de travaux en psychologie le montrent.

Nous ne sommes pas prêts à payer nos T-shirts 30€, parce que cela signifie renoncer aux vacances en Bretagne.

Voilà mon explication, très simple, à l'étonnement exprimé ci-dessous par Paul Krugman, dont le texte limpide, "Quand l'hypermondialisation rencontre le chaos", a été traduit par l'extraordinaire Martin Anota, que je remercie.

https://annotationsbis.blogspot.com/2026/03/quand-lhypermondialisation-rencontre-le-chaos.html?m=1


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