Le jour où le ciel s’est vidé : le Canada face au 11 septembre
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Le jour où le ciel s’est vidé : le Canada face au 11 septembre
Season 5/Episode 1 – French Transcript
Le 11 septembre 2001, des attentats terroristes coordonnés aux États-Unis font près de 3 000 morts et paralysent le transport aérien en Amérique du Nord. Des centaines d’avions à destination des États-Unis sont alors déroutés vers le Canada.
La saison 5 de Canadian Time Machine s’ouvre avec Kathy Fox, qui supervisait le système de contrôle de la circulation aérienne au Canada au moment où ces appareils devaient être ramenés au sol en toute sécurité. Aujourd’hui membre de l’Ordre du Canada et intronisée au Panthéon de l’aviation du Canada, elle revient sur les décisions prises ce jour-là. Puis, l’experte en sécurité nationale Stephanie Carvin retrace ce qui a suivi : une frontière transformée, de nouvelles lois antiterroristes et un pays forcé de repenser sa conception de la sécurité.
Les avions ont atterri en quelques heures. Les conséquences, elles, se sont fait sentir bien plus longtemps.
Listen to the episode:
Enregistrement d’archives [00:00:00] Est-ce que vous entendez quoi que ce soit sur le type d’avion dont il s’agissait ou sur le nombre de personnes à bord?
Angela Misri 11 septembre 2001.
Enregistrement d’archives [00:00:07] Dans mon souvenir, je ne me rappelle pas vraiment l’avoir vu frapper le deuxième immeuble, j’ai simplement vu un avion là, je l’ai vu suspendu là.
Angela Misri [00:00:13] Pour beaucoup de gens, les images viennent immédiatement à l’esprit.
Enregistrement d’archives [00:00:16] Et j’ai pensé à mille choses différentes dans la seconde avant qu’il ne frappe.
Angela Misri [00:00:24] Les tours jumelles, la fumée au-dessus de Manhattan, près de 3 000 vies perdues.
Enregistrement d’archives [00:00:29] Et puis, il y a simplement eu une énorme, énorme explosion orange.
Angela Misri [00:00:39] Mais au Canada, il y a une autre histoire. Dans les heures qui ont suivi les attentats, l’espace aérien américain a été fermé.
Speaker 3 [00:00:44] Ce sont les mesures les plus radicales que la FAA ait mises en œuvre de toute son histoire.
Angela Misri [00:00:50] Des centaines d’avions se sont soudainement retrouvés sans endroit où aller, et plus de 200 vols internationaux transportant environ 33 000 passagers ont été déroutés vers des aéroports canadiens dans le cadre de ce qui allait plus tard être appelé l’opération Ruban jaune. Parmi ces vols, 47 ont atterri à Halifax, 34 à Vancouver et 37 à Gander, à Terre-Neuve, une petite ville dont l’accueil chaleureux réservé à des milliers de voyageurs bloqués a inspiré la comédie musicale à succès Come From Away. Mais avant que les communautés puissent accueillir les passagers, quelqu’un devait répondre à une autre question. Où tous ces avions allaient-ils atterrir?
Bienvenue dans Voyages dans l’histoire canadienne. Je suis Angela Misri. Ce balado reçoit du financement du gouvernement du Canada et est produit par The Walrus Lab. Cet épisode explore le 25e anniversaire de la réponse du Canada aux attentats du 11 septembre, la façon dont un pays a dégagé son espace aérien, accueilli des étrangers, et comment une seule journée a changé le Canada pour les décennies à venir.
Pour vraiment comprendre comment le Canada a réagi ce jour-là, il faut commencer par quelqu’un qui était là. Kathy Fox [00:02:00] Je m’appelle Kathy Fox et toute ma carrière professionnelle s’est déroulée dans les domaines de l’aviation et du transport. Je résume ma carrière en disant que j’ai commencé par sauter d’avions, puis par contrôler des avions, piloter des avions et, à la fin de ma carrière, j’enquêtais sur des accidents d’avion, ainsi que sur d’autres accidents de transport. J’ai donc vu les choses sous tous les angles.
Angela Misri [00:02:22] Kathy Fox connaît l’aviation sous à peu près tous ses angles. Elle est pilote, parachutiste, contrôleuse de la circulation aérienne et enquêtrice en sécurité des transports. Elle allait par la suite devenir présidente du Bureau de la sécurité des transports du Canada, être nommée membre de l’Ordre du Canada et être intronisée au Panthéon de l’aviation du Canada. Mais le 11 septembre 2001, elle était vice-présidente adjointe des services de la circulation aérienne chez NAV CANADA, l’organisation responsable de la gestion de la circulation aérienne civile partout au Canada.
Kathy Fox [00:02:58] J’étais vraiment directement responsable du fonctionnement quotidien du système de contrôle de la circulation aérienne, de la côte Est à la côte Ouest jusqu’à l’Arctique, afin de m’assurer que tout fonctionnait bien et sans problème. Et ce jour-là en particulier, il se trouvait que nous tenions notre réunion de gestion semestrielle en personne à Cornwall, au centre de formation, qui servait aussi de centre de conférences. Et le fait que nous étions tous réunis lorsque les événements se sont déroulés comme ils l’ont fait s’est avéré être une sorte de bénédiction.
Angela Misri [00:03:30] La réunion de ce matin-là ne portait pas du tout sur l’aviation. Elle portait sur les ressources humaines. Et lorsque le téléphone de Kathy s’est mis à vibrer, elle n’a pas répondu.
Kathy Fox [00:03:40] Et en 2001, c’était encore l’époque des vieux téléphones à clapet. J’avais mon téléphone dans ma poche, en mode vibration, et il s’est mis à vibrer. Je l’ai ignoré parce que j’étais en réunion. Mais en l’espace d’environ cinq minutes, il a sonné trois fois. Je me suis donc dit qu’il devait se passer quelque chose et que je ferais mieux d’aller voir ce que c’était.
Angela Misri [00:04:00] Un collègue à Ottawa était resté chez lui ce jour-là parce qu’il était malade, et il avait vu les événements se dérouler en direct à la télévision.
Enregistrement d’archives [00:04:06] Ce sont des images en direct que nous recevons à l’instant de certaines chaînes américaines qui nous les transmettent. Un avion qui semblait voler en difficulté, à très basse altitude, vient d’entrer en collision, comme vous pouvez le voir. Il est estimé que nous sommes au niveau du 80e ou du 85e étage de l’une des tours du World Trade Center.
Kathy Fox [00:04:23] Alors j’ai dit « Eh bien, c’est inhabituel, mais c’est aux États-Unis, c’est à New York et, euh, vous savez, merci de m’avoir prévenue. » Et je suis retournée dans la salle de réunion. Puis, peu de temps après, mon téléphone a de nouveau vibré dans ma poche. Je suis donc sortie une deuxième fois, et c’était encore ce directeur qui me disait « Eh bien, un deuxième avion a percuté l’autre tour du World Trade Center. »
Enregistrement d’archives [00:04:44] Oh mon Dieu, il y en a un autre. Ça semble être intentionnel. Oh mon Dieu.
Angela Misri [00:04:50] Au moment où un troisième avion détourné s’est écrasé sur le Pentagone, à 9 h 37, il était devenu clair pour le monde entier qu’il ne s’agissait ni d’accidents ni de coïncidences.
Kathy Fox [00:05:00] Je suis retournée dans la salle où se tenait la réunion des gestionnaires et je l’ai interrompue. J’ai dit, sans entrer dans les détails devant tout le groupe : « Nous devons arrêter la réunion et j’ai besoin que tous les gestionnaires des opérations se réunissent dans une autre salle. » Je leur ai fait part de ce que je savais à ce moment-là et je leur ai demandé de communiquer par téléphone avec leurs installations opérationnelles respectives partout au pays, afin qu’ils puissent à la fois obtenir et transmettre de l’information.
Angela Misri [00:05:28] En l’espace de quelques minutes, les États-Unis avaient fermé leur espace aérien. Peu après 11 h, le Canada a fait de même. Le travail de Kathy consistait à s’assurer que chaque avion dans le ciel avait un endroit où atterrir et que chaque avion encore au sol y reste. Et par un mardi matin sous un ciel parfaitement dégagé, ce n’est pas facile à faire.
Kathy Fox [00:05:48] Nous avions… je ne me souviens pas du nombre exact, mais il y avait entre 240 et 260 avions qui traversaient l’Atlantique Nord. C’était le flux normal de circulation aérienne pour une journée de septembre, à destination soit du Canada, soit d’endroits aux États-Unis. Certains ont dû faire demi-tour et retourner en Europe. Ceux qui avaient déjà dépassé la moitié du trajet, le point de non-retour, devaient poursuivre leur route. Le gouvernement ne voulait pas vraiment qu’ils continuent à voler plus longtemps que ce qui était absolument nécessaire, parce que personne ne savait s’il y avait d’autres pirates de l’air susceptibles d’attaquer d’autres bâtiments.
Angela Misri [00:06:21] L’histoire était en train de s’écrire aux nouvelles, mais pour Kathy et son équipe, il n’y avait pas beaucoup de temps pour la regarder.
Kathy Fox [00:06:27] Nous avons vu les tours s’effondrer. Nous avons vu quand l’avion s’est écrasé en Pennsylvanie. Nous avons vu l’horreur de ce qui se passait à New York, mais nous avons dû mettre cela de côté et nous concentrer sur notre travail, qui consistait à garder tout le monde au sol ou à faire atterrir les avions en toute sécurité et, essentiellement, à vider le ciel. Nous avons tous travaillé ensemble, en collaboration, ainsi qu’avec les États-Unis, afin de faire atterrir en toute sécurité tous ceux qui étaient dans les airs. Je dirais donc que, dans l’ensemble, vers la fin de cet après-midi-là, pratiquement tout le monde avait atterri.
Angela Misri [00:07:05] Ce soir-là, Kathy a enfin eu l’occasion de s’arrêter et de commencer à assimiler........
