Fonderie Horne : quand les citoyens prennent le relais
Quand les autorités assouplissent les normes pour l’industrie, le fardeau retombe sur les citoyens. À Rouyn-Noranda, protéger sa santé est devenu un acte quotidien de vigilance.
Le 3 février dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelait que des millions de cancers sont évitables, notamment en réduisant l’exposition à des contaminants environnementaux comme l’arsenic. Deux jours plus tard, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a accepté de maintenir l’autorisation de la concentration d’arsenic de la Fonderie Horne à 45 ng/m3 pour 18 mois supplémentaires. Cela malgré les avertissements d’octobre dernier de la Direction régionale de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue sur les risques sanitaires liés à ce niveau d’émissions. En modifiant sa position initiale, le gouvernement revient sur les normes imposées en 2023.
Pendant que le débat se cristallise autour d’un chiffre, l’expérience quotidienne des personnes vivant avec ce risque sanitaire s’efface. À Rouyn-Noranda, la gestion du risque ne se joue pas seulement dans les rapports d’experts : elle se déplace dans les cours arrière, les écoles, les corps. Et elle repose de plus en plus sur les citoyens eux-mêmes.
En tant que doctorante à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, je m’intéresse aux violences environnementales et aux formes de care citoyen – c’est-à-dire aux pratiques de vigilance, d’entraide et de protection mises en place par les communautés elles-mêmes – qui émergent face aux défaillances institutionnelles.
Choc citoyen et imprégnation à l’arsenic
En 2019, la population de Rouyn-Noranda apprenait que les enfants du quartier Notre-Dame étaient en moyenne 3,7 fois plus imprégnés à l’arsenic que ceux d’Amos. La toxicité de cette substance est connue depuis des siècles. Pourtant, malgré ces connaissances, la Fonderie a maintenu un seuil d’émission largement supérieur à la norme provinciale.
Les historiens des sciences Erik N. Conway et Naomi Oreskes ont........
