Les conflits d’intérêts sont la norme. Nos politiques continuent de les traiter comme des exceptions
Les conflits d’intérêts sont à juste titre considérés comme problématiques : ils peuvent introduire des biais, compromettre l’objectivité et éroder la confiance. Certaines situations sont suffisamment graves pour être interdites. Mais la plupart sont moins évidentes.
À l’université, les conflits d’intérêts ne sont pas des anomalies. Ils font partie du fonctionnement ordinaire des activités académiques – recherche, encadrement, évaluation, attribution de ressources. Pourtant, ils continuent d’être traités comme des écarts à corriger plutôt que comme des tensions à organiser.
Qu’il s’agisse de l’évaluation des demandes de subvention, de la direction d’étudiants, de la publication scientifique ou de la gouvernance interne, les universitaires occupent simultanément des rôles multiples – chercheur, collègue, mentor, évaluateur – qui créent des zones de tension structurelles. Ces tensions apparaissent clairement dans certaines situations ordinaires.
Évaluer ses pairs : un terrain propice aux conflits d’intérêts
Prenons un cas banal : l’évaluation des demandes de subvention. Une professeure ou un professeur est invité à siéger sur un comité. Parmi les dossiers, plusieurs proviennent de personnes issues de son réseau professionnel – anciennes collaborations, collègues du même champ, parfois des concurrentes ou des concurrents directs.
Les règles sont claires : déclarer les liens pertinents et se retirer en cas de conflit. Mais, dans la pratique, les frontières sont floues. À partir de quand une proximité intellectuelle devient-elle un conflit ? Le fait d’avoir publié sur le même sujet ? D’avoir déjà échangé des commentaires sur un projet ?
La personne chargée de l’évaluation doit alors arbitrer entre plusieurs exigences : être impartiale, reconnaître la qualité scientifique, ne pas pénaliser indûment un projet concurrent, et préserver des relations professionnelles durables. À l’inverse, se retirer trop largement fragilise le fonctionnement même du système, en réduisant le nombre d’expertes et d’experts disponibles.
Ce type de situation n’est pas exceptionnel – il est constitutif du fonctionnement académique.
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Des règles claires, des situations........
