La Chine a tellement réduit sa pollution qu'elle a modifié la trajectoire des tempêtes
La Chine a tellement réduit sa pollution qu'elle a modifié la trajectoire des tempêtes
Laura Perren – 2 avril 2026 à 7h55
La baisse des aérosols a perturbé la formation des cyclones dans le Pacifique Nord. En cascade, ces changements ont fragilisé la banquise arctique. Une preuve de plus que le climat réagit de manière complexe aux interventions humaines.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Live Science
La Chine se targue d'avoir réduit de 40% la quantité de particules nocives présentes dans l'air entre 2013 et 2020. Pourtant, ce n'est pas sans conséquence sur… l'Arctique! Une étude publiée en mars dans la revue npj Climate and Atmospheric Science met en lumière un lien de causalité pour le moins inattendu: la baisse des aérosols a limité le nombre de tempêtes, tout en accélérant le réchauffement climatique dans le Grand Nord.
Fin janvier 2019, les vents traversant le Pacifique Nord ont modifié leur trajectoire et cinq puissants cyclones ont balayé la mer de Béring, à l'ouest de l'Alaska. Ces tourbillons ont entraîné les vents chauds venus du sud au-dessus de la glace arctique, fragilisant la banquise. Dans le nord de la mer de Béring, les températures ont grimpé de 12 à 16 degrés au-dessus des normales saisonnières. Début mars, la couverture de glace avait diminué de 82%, soit un recul de 400.000 kilomètres carrés –l'équivalent d'un pays comme la Suède qui s'évapore.
«Le peuple chinois a souffert d'une mauvaise qualité de l'air pendant des décennies, rappelle Bjørn Samset, chercheur au Centre CICERO pour la recherche internationale sur le climat en Norvège. Cette pollution a temporairement ralenti le réchauffement climatique. Aujourd'hui, nous voyons les effets complexes du réchauffement liés aux gaz à effet de serre, auxquels nous aurions dû faire face tôt ou tard.»
Selon l'étude relayée par Live Science, le smog issu des cheminées industrielles chinoises n'a pas seulement pollué l'air: il a aussi redessiné les trajectoires atmosphériques. Entre 2000 et 2014, il aurait orienté les tempêtes hivernales vers l'Arctique, contribuant indirectement à fragiliser la glace de la mer de Béring.
Les aérosols perturbent les cyclones
Un cyclone de moyenne latitude fonctionne comme un moteur thermique: l'air chaud et humide s'évapore à la surface de l'océan, se condense en nuages et libère de la chaleur qui influence la circulation de la tempête. Mais ce mécanisme se dérègle en présence d'aérosols. Chargé de particules fines, l'air se condense différemment: chaque particule devient un noyau de condensation, multipliant les gouttelettes mais freinant leur transformation en pluie. Résultat: les précipitations diminuent sur certains flancs de la tempête et l'humidité se déplace vers le nord-est, là où elle libère sa chaleur.
Les chercheurs ont ainsi constaté que les trajectoires des cyclones s'étaient décalées vers le nord de près de 1,23 degré, suffisamment pour doubler leur nombre dans le Grand Nord. Cette influence des aérosols sur les systèmes de tempêtes est «plus forte que je ne l'aurais imaginé», souligne Alex Crawford, climatologue spécialiste de l'Arctique à l'Université du Manitoba, au Canada.
Lorsque les tempêtes atteignent la mer de Béring, les effets deviennent spectaculaires: les vents repoussent la glace vers la mer des Tchouktches, entre l'Alaska et la Russie, tandis que les vagues fragmentent les plaques glacières. Les flux d'air chaud venus du sud font grimper les températures au-dessus de zéro, même en plein hiver. L'épisode de 2019 demeure, à ce jour, le cas d'école le plus frappant.
Hormis cet effet de réchauffement de l'Arctique, la campagne de dépollution de l'air lancée par Pékin en 2013 reste considérée comme l'une des politiques environnementales les plus efficaces jamais mises en œuvre, avec une réduction de 75% des émissions d'aérosols en dix ans. «La rapidité de la réduction des aérosols en Asie de l'Est est sous-estimée, note Dan Westervelt, scientifique spécialiste de l'atmosphère à l'Université Columbia. Ses conséquences sur les cyclones et le réchauffement de l'Arctique seront très intéressantes à étudier pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique.» Seul le temps permettra de mesurer concrètement l'impact des politiques chinoises sur le Grand Nord.
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