menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

À voir au cinéma: «Nous l'orchestre» et «Première Ligne»

23 0
21.04.2026

À voir au cinéma: «Nous l'orchestre» et «Première Ligne»

Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 21 avril 2026 à 20h00

Respectivement hymne documentaire et ritournelle humoristique, les films de Philippe Béziat et de Merzak Allouache chantent et questionnent les forces qui portent et animent le collectif.

Temps de lecture: 7 minutes

«Nous l'orchestre», de Philippe Béziat

Fiction ou documentaire, le cinéma a souvent montré de manière attentive des orchestres en train de jouer, pour donner accès à de multiples dimensions concernant la musique, évidemment, mais aussi des jeux de séduction et de domination, voire pour en faire une métaphore politique explicite comme dans Répétition d'orchestre (Prova d'orchestra), de Federico Fellini (1978) ou, dans une configuration voisine, Les Métamorphoses du chœur, de Marie-Claude Treilhou (2003).

C'est aussi d'avoir si souvent rencontré ces situations qui souligne combien est unique la magnifique proposition de Philippe Béziat avec l'Orchestre de Paris, dirigé par Klaus Mäkelä. La présence à l'écran du jeune chef d'orchestre finlandais (30 ans) semble d'abord devoir tenir une place centrale dans cette évocation, son physique de star, l'expressivité de sa manière de conduire et jusqu'à cette demande, qui n'engage à rien pour la suite, d'un «Hollywood sound» promettant la reconduction de certaines des 1.001 interactions entre le pupitre et l'orchestre.

Fausse piste qui ne fera nullement disparaître le charisme de Klaus Mäkelä et la singularité de ses relations avec les musiciens de l'orchestre. Ce sera comme un élément parmi beaucoup de cette composition autrement complexe qu'est le nouveau film d'un réalisateur surtout connu pour avoir filmé des opéras, ou plutôt le processus qui allait rendre présentable une œuvre d'opéra –dont le mémorable Les Indes galantes (2021), conçu par Clément Cogitore.

Une autre réalisation précédente de Philippe Béziat fait aussi écho au nouveau film, ne serait-ce que par le pronom qui figure dans le titre, le très beau Traviata et nous. Mais le «nous» n'est pas tout à fait le même. Pointant vers le public dans le film de 2012, il insiste cette fois, sans délaisser la proximité avec le public –celui des concerts, celui du film–, surtout vers la multiplicité de celles et ceux qui composent donc un orchestre. Cet orchestre-là, installé dans ce lieu-là, la Philharmonie de Paris (XIXe arrondissement).

On ne saurait ici énumérer la multiplicité des histoires, des présences, des questions qui affluent constamment, tandis que le film alterne séquences de répétitions, moments de la vie quotidienne de nombreux musiciens et nombreuses musiciennes, et les fragments d'entretiens avec les un·es et les autres, sur leur travail, leur passé, leurs relations aux collègues et à la musique, leur quotidien hors travail.

Cinq hommes et cinq instruments: c'est une partie de la section cuivre, ce sont des éléments singuliers d'un........

© Slate