Sabri Essid condamné pour génocide: un procès historique, des victimes hantées à jamais
Sabri Essid condamné pour génocide : un procès historique, des victimes hantées à jamais
Jugé par défaut, le djihadiste français a été condamné vendredi 20 mars à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide à l’égard de la minorité yézidie. Une première en France. Les témoignages de ses victimes ont pesé dans les motivations de la cour d’assises de Paris.
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LeLe djihadiste français Sabri Essid a été condamné vendredi 20 mars à la réclusion criminelle à perpétuité. À l’issue de cinq jours de procès, la cour d’assises de Paris l’a reconnu coupable de génocide, crimes contre l’humanité et complicité de ces crimes. Sa peine, celle requise par le parquet, est « la seule à la hauteur de l’exceptionnalité des faits », a tranché le président de la cour, Marc Sommerer.
Le procès était doublement historique : c’est la première fois qu’un Français était jugé pour génocide ; la première fois, aussi, que la justice française s’intéressait aux crimes commis par l’État islamique (EI) contre la minorité yézidie.
Pour motiver sa décision, la cour, qui reconnaît « un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle du groupe religieux yézidi », s’est notamment appuyée sur les témoignages des victimes, « constants, cohérents les uns avec les autres et avec l’ensemble des éléments », a déclaré son président.
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La journée du jeudi 19 mars fut l’une des plus éprouvantes. L’une après l’autre, deux survivantes se sont avancées à la barre, droites et dignes, dans cette nouvelle salle d’audience, bien plus grande et impressionnante que celle des premiers jours. D’un sourire, d’une accolade, d’un regard, elles se sont encouragées.
L’heure est enfin venue pour elles de témoigner de l’horreur vécue sous le joug de l’État islamique et de l’une de ses figures centrales, Sabri Essid.
Le box des accusés est vide. Le demi-frère par alliance de Mohammed Merah est jugé par défaut, sa mort n’ayant jamais été prouvée. Mais l’épreuve n’en est pas moins vertigineuse pour ces femmes, qui s’expriment dans leur langue, le kurmandji, et restent tétanisées par la peur des représailles.
Aux chercheurs, chercheuses et journalistes présent·es, le président demande de s’accorder sur des pseudonymes afin de ne pas dévoiler leur identité. Un petit papier circule dans les rangs. Ce sera Aveen et Basi.
« Tous les jours et toutes les nuits »
Aveen est la première à se lancer. Elle avait 20 ans et une enfant de 2 ans quand l’État islamique a lancé sa campagne de persécution et d’extermination des Yézidi·es, à l’été 2014, dans les montagnes du Sinjar, au nord de l’Irak.
Trois heures durant, elle évoque les sévices endurés entre 2014 et 2016. Raconte comment elle a, ainsi que d’autres femmes yézidies rencontrées au cours de sa captivité, été raflée, triée, réduite en esclavage, violée, revendue plusieurs fois, en ligne ou dans des « souk al sabaya » (marché aux esclaves), contre de l’argent, une arme, une voiture ou une paire d’Adidas.
Parfois, les mots ne viennent pas, s’écrasent contre des murmures ou des silences. Alors le président relit des passages de ses déclarations pendant l’instruction. Aveen acquiesce par la voix des interprètes.
À la suspension d’audience, une des traductrices se présente devant la machine à café : « Moi aussi, je suis une survivante yézidie. Mon mari ne voulait pas que je sois là. Il dit que ça me fait replonger. C’est vrai, je ne dors plus, j’ai des flashbacks mais je ne regrette rien, il faut faire entendre notre parole. »
Sabri Essid, qui avait pris pour nom de guerre Abou Dojanah al-Faransi, n’est pas le seul bourreau d’Aveen, huit fois revendue. Il y en a de nombreux autres, des « propriétaires » « aux barbes et cheveux longs » qui répètent « Allahu akbar », kalachnikov en bandoulière, et pour certains, ceinture explosive autour de la taille.
Abou Hatoune, par exemple. « Il éjaculait en moi, voulait absolument avoir des enfants, que je tombe enceinte, avait-t-elle expliqué à l’enquêtrice de l’Office central pour la répression des violences aux personnes. Si je refusais d’avoir des rapports avec lui, il me frappait ou me menaçait de me prendre ma fille.........
