menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Benjamin Morel : "Les démocraties ne s’abîment pas en une nuit, elles s’érodent"

39 0
16.04.2026

Quatre Premiers ministres en deux ans : la Ve République n'a jamais connu telle instabilité. Conçu pour mettre fin à l'instabilité de la IVe République, notre régime semble bel et bien en crise. À quoi l'attribuer ? À l'absence de majorité, nous explique Benjamin Morel. Dans son dernier ouvrage, Crise politique, crise de régime (Odile Jacob), le constitutionnaliste détaille en quoi la crise politique nourrit la crise de régime et trace des pistes pour y répondre.

Marianne : En quoi la tripolarisation de la vie politique est-elle responsable de la crise actuelle ?

Benjamin Morel : La crise n’est pas un accident de casting. Ce n’est pas « la faute à Macron », en tout cas pas que, même si ses choix ont accéléré le processus. La cause profonde, c’est la tripolarisation. Trois blocs électoraux coexistent désormais. Un pôle central libéral. Une gauche recomposée autour de LFI. Une droite radicale structurée par le RN. Aucun ne peut absorber les autres. Aucun ne peut nouer d’alliance sans payer un coût électoral prohibitif.

Or, la Ve République a longtemps reposé sur un fait simple. L’élection présidentielle donnait une majorité. Cette majorité accordait la puissance gouvernementale. Qui tenait l’Élysée tenait tout. Ce mécanisme est cassé. Le scrutin majoritaire à deux tours, dans un paysage tripolaire, ne produit plus de majorités. Il élimine, il force des désistements défensifs. Il fabrique des gagnants sans mandat net et des perdants persuadés qu’on leur a volé la victoire.

À LIRE AUSSI : Gilles Finchelstein : "L’élection du RN aurait des effets profonds et rapides sur la démocratie elle-même"

On ne voit aujourd’hui quasiment aucune porosité électorale entre les blocs. C’est encore plus vrai pour l’électorat jeune. Et ce phénomène n’est pas franco-français. On le retrouve partout en Europe. En Allemagne avec l’AfD. Au Royaume-Uni avec l’éclatement du bipartisme. En Italie. La tripolarisation correspond à un réalignement profond des clivages. Ouverture contre fermeture, gagnants contre perdants de la mondialisation. Il y a de fortes raisons de penser qu’elle est là pour durer. Elle est générationnelle. Les jeunes électeurs se répartissent........

© Marianne